Abdel se dépêchait pour rejoindre l’astroport. Il avait ferré depuis quelques jours par comlink une partenaire. En prétextant des travaux d’archéologie sur la Vieille Terre, il avait fini par tomber sur une autre chercheuse. La planète originelle des humains avait été abandonnée définitivement trois siècles auparavant, suite à une épidémie dont personne n’avait pu venir à bout. L’origine du virus restait inconnue, acte malveillant du dictateur paranoïaque Kim Sang Woo, réveil d’une souche ultraviolente et particulièrement transmissible d’Ebola ou fuite accidentelle d’un laboratoire secret russe, toutes les hypothèses avaient circulé. Les humains étaient morts en masse, mais aucune autre espèce ne semblait avoir souffert du virus, pas même les grands primates.
Personne n’avait pu assainir la planète et envisager un retour massif, la forte densité du virus dans l’atmosphère empêchant tous travaux d’envergure. De toute façon, l’humanité avait déjà largement colonisé le système solaire et commençait à préparer la colonisation d’Andromède et sa Nouvelle Terre. On avait pleuré et regretté les morts, mais l’artefact restait entier. Il était simplement à l’abandon, comme une vieille cabane qui tombe en ruine. Un musée à ciel ouvert, dans lequel on ne se promenait pas sans précautions.
Les expéditions scientifiques restaient autorisées sur la Vieille Terre, mais strictement encadrées sur un plan sanitaire. Le port du scaphandre était obligatoire en extérieur. La mission devait être validée par les autorités des deux sexes.
Aussi, revenir sur Terre, au calme, pour effectuer une mission dans un des bunkers étanches et sécurisés, c’était une solution discrète pour rencontrer la charmante Ielena Danchova, historienne de son état, qui semblait très attirée par le Professeur Abdel Cherkaoui de l’université des sciences sociales d’Arès, capitale de Mars. Ils avaient pu échanger par comlink, grâce à de subtiles allusions lors du montage de leur dossier de demande de recherche et surtout pendant la soutenance devant le jury. Abdel était tombé sous le charme de la jolie blonde et plus encore par la malice qui s’en dégageait.
Le secret de ce type de rencontres était indispensable s’il ne voulait pas finir dans une sombre geôle sur Mercure, à l’isolement total. Elle finirait sans doute sur Pluton dans les manufactures carcérales du Matriarcat de Vénus.
Car depuis la Grande Catastrophe, les genres avaient été séparés. A chacun ses planètes. Il y avait assez de place pour ça. Le Moral Federated Associations of the Galaxy avait, depuis quelques années déjà, prohibé les rapports sexuels entre humains, considérant la chose comme dégradante, psychologiquement dangereuse car génératrice d’instabilité mentale. Surtout, l’instance représentative installée sur la Lune y voyait un risque sanitaire trop important de transmission de germes et autres virus.
Aujourd’hui, les robots destinés au plaisir sexuel étaient largement suffisants et même bien plus performants, tout en éliminant les problèmes liés au contact entre deux corps. Grâce à leur texture en nouveaux polymères, ils étaient capables de provoquer des sensations extrêmement variées, imitant à la perfection la peau, les poils et même les sécrétions humaines. Leur mise au point technique avait nécessité de lourds investissements afin de connecter efficacement les capteurs sensoriels, l’analyse mémorielle, l’intelligence artificielle et les servomoteurs. Mais désormais, ils pouvaient à volonté procurer des orgasmes d’une qualité incomparable avec les faibles capacités humaines, et ce sans jamais se lasser.
Mieux encore, les robots sexuels pouvaient prendre des formes d’une variété infinie, depuis des imitations d’humains de tous types (genre, couleurs, pilosité, taille, morphologie, détails intimes, tatouages) jusqu’à des choses bien plus exotiques : peau phosphorescente, membres supplémentaires, organes sexuels multiples, chimères mi-hommes-mi animaux, types extraterrestres farfelus. Tous les goûts pouvaient être satisfaits à moindre frais.
Aussi, le bannissement des rapports sexuels entre humains avait-il été globalement accepté sans créer de manque. Sauf chez certains résistants, nostalgiques. Qualifiés de déviants par le Moral FAG, ils devaient opérer leurs galipettes dans l’ombre. Ce genre de rencontres était rendu nettement plus compliqué depuis que l’organisme avait séparé les genres. Les hommes s’étaient massivement reportés sur les planètes proches du Soleil, les femmes sur les planètes plus éloignées. Les transgenres n’ayant pas procédé physiquement au changement de sexe par modification d’ADN vivaient cachés, dans la crainte permanente d’être découverts et de se voir forcés d’effectuer un choix qui leur paraissait absurde.
Après avoir inspecté les bagages et le matériel une dernière fois dans la soute, Abdel grimpa dans la capsule et attendit patiemment que la fusée décolle en direction de la Vieille Terre. Il passa le trajet à relire ses notes sur sa feuille électronique. Tout ce qu’il avait déjà préparé lui permettrait de justifier sa mission lors de son retour à l’université. Il avait projeté de faire un état des lieux de l’urbanisme parisien d’avant la Grande Catastrophe. Ielena avait présenté une requête quasiment identique, mais quelques semaines plus tard. C’est pour des raisons logistiques d’envoi de matériel que les deux missions avaient été jumelées. La raison économique constitue toujours un excellent prétexte, quelle que soit l’époque…
L’atterrissage sur le Champs de Mars (quelle ironie !) se déroula sans aucun problème. Un cargo automatique contenant du matériel et des vivres trônait au milieu du jardin un peu touffu. Plus loin, une élégante navette étaient déjà posés. Adbel, tout intimidé et tout excité, revêtit son scaphandre avant de passer le sas vers la sortie. Il avançait prudemment. Le bunker étanche si situait dans les sous-sols de l’Ecole Militaire. On entendait quelques animaux ici et là, dans les hautes herbes sauvages. Des oiseaux s’égayaient à son passage. Trainant son charriot antigrav, il pénétra le complexe et prit l’ascenseur.
Devant la porte blindée, il entra le code avec quelques frissons. Le premier sas de décontamination lui fit l’effet d’une étuve. Il put ensuite se déshabiller dans le second, sous les jets d’eau tiède, avant d’ouvrir la porte du bunker.
Nu, ruisselant, il se retrouva face à la ravissante historienne qui l’attendait assise dans une pénombre de circonstance. Le sourire aux lèvres, elle l’inspectait derrière de grandes lunettes, négligemment assise dans une combinaison moulante. Rougissant, il avait du mal à contenir son érection naissante dans ses mains qui jouaient le rôle de feuilles de vigne. Féline, elle quitta le fauteuil en vieux cuir qui crissa de désapprobation. Elle s’approcha de lui jusqu’à n’être qu’à quelques centimètres. Il sentait sa barbe effleurer ses joues. Il sentait l’odeur de sa peau. Il sentait la chaleur qui rayonnait de son corps à travers sa combinaison en polymères.
- Enfin, murmura-t-elle dans un souffle.
- Oui, répondit-il d’une voix étouffée.
Elle entreprit de détailler son corps du bout des doigts, en fermant les yeux et en rejetant la nuque en arrière, comme pour se forcer à être aveugle. Elle effleura ses paupières, sa nuque, sa barbe, son nez, ses lèvres, puis empoigna son torse, ses épaules, ses hanches, ses fesses. Elle se pressa contre lui pour lui caresser le dos.
Immobile, il avait la chair de poule et sentait une chaleur insoutenable monter de ses entrailles. Il ne put résister à l’envie de l’embrasser dans le cou et de lui saisir les hanches pour l’approcher plus encore. Il sentit une vague érotique partir de son hypothalamus, descendre le long de sa colonne vertébrale, exploser dans son pénis désormais fièrement dressé, et lui faire trembler des mollets. Le désir, si longtemps inassouvi, si longtemps contenu, si récemment libéré par petites touches lors de conversations électroniques, l’envahissait avec une force tranquille.
Abdel farfouilla dans son dos jusqu’à trouver la fermeture de la combinaison de la blonde aux formes galbées. Descendant lentement des deux mains dans son dos, il lui laissa une trainée de sa langue de haut en bas jusqu’à atteindre son pubis. Empoignant ses fesses pour les dégager du polymère, il l’obligea à écarter les cuisses pour révéler son clitoris entouré d’un gazon coupé court. Elle poussa un cri et se laissa retomber dans le fauteuil, cuisses écartées.
Abdel était aux anges, dévorant sa chatte comme un affamé se jetterait sur une écuelle appétissante et chaude. Elle avait la peau sèche, lui était encore mouillé, mais le contact provoquait chez l’un comme chez l’autre comme des arcs électriques de plaisir. Il remonta jusqu’à son sein gauche pour l’empoigner doucement et le suçotter, pendant qu’il flattait le large téton de son sein droit.
La queue en feu, il ne résista pas plus longtemps à l’envie qui le dévorait et la pénétra dans la foulée. Ielena l’attira en lui, profondément. Lentement, il commençait le va-et-vient tandis qu’elle gémissait en lui labourant le dos, les yeux mi-clos. Puis elle le repoussa en arrière, le fit basculer sur le dos et se mit à le chevaucher en couinant des « da, da ! » de plus en plus sonores.
Agrippé à ses fesses, Abdel accompagnait le mouvement. Ielena se pencha vers lui pour l’embrasser en lui agrippant les cheveux. Noyé sous sa crinière, il sentait un tremblement monter en lui. Elle se releva, se retourna, se mit à quatre pattes pour lui présenter sa croupe, l’anus offert. Il le goûta avec avidité, testa sa réceptivité en y introduisant un doigt, puis deux, avant de pénétrer son intimité la plus serrée.
Ils forniquèrent pendant près d’une heure dans toutes les positions, par terre, sur la table basse, sur la console de commandes, sur le fauteuil. Ielena jouissait par vagues de deux ou trois orgasmes avant de reprendre la chevauchée fantastique sous une autre forme. Allongé sur le dos, ne tenant plus, Abdel sentit qu’il allait atteindre le paroxysme du plaisir. Ielena avait dû le pressentir car elle se retira pour enfourner son sexe dans sa bouche. Il éjacula dans un râle et des soubresauts qui dévastèrent ce qui lui restait d’énergie.
Le fixant dans les yeux en souriant, Ielena avala sa semence avant de se coucher contre lui, lovée sur son flac gauche. Ses doigts dessinaient des arabesques sensuelles au milieu des poils de la poitrine du professeur de sociologie. Lui n’avait plus que la force de poser sa main sur sa tête.
- C’était si bon…
- Ah, Ielena, Ielena, tu m’as tué… Une semaine comme ça et tu vas m’achever !
Immobile, sentant la dopamine envahir ses veines et son sexe collant se rétracter lentement, il savourait le souvenir tout frais d’une partie de jambes en l’air avec une vraie personne. Il ne tarda pas à se laisser sombrer vers les limbes de Morphée, accompagné par la présence douce et rassurante de son homologue du beau sexe.
En dehors de quelques bips, le bunker était silencieux. Abdel ronflait du sommeil des bienheureux. La chercheuse encore nue se leva et sortit de la pièce. Elle prit une seringue hypodermique dans son sac à dos resté dans le salon, qu’elle approcha du cou veiné du sociologue. Abdel convulsa brièvement avant de s’effondrer.
Ielena le souleva pour le placer dans un caisson de protection. Elle enfila ensuite son scaphandre et sortit pour se rendre dans la capsule du professeur en poussant le caisson antigrav. Une fois le caisson installé dans la soute, elle programma le navigateur de bord. Lentement, la capsule s’éleva quelques minutes plus tard alors qu’elle rejoignait sa navette fuselée. Ielena démarra l’ordinateur de bord et brancha un petit boîtier comsat. Elle retira ses larges lunettes et les déposa contre une tablette magnétique. Le temps que la connexion s’établisse, elle prit une douche sonique et lança ensuite le programme de décontamination corporel complet, laissant les tubes pénétrer l’ensemble de ses orifices pour que les nanorobots accomplissent leur œuvre en récupérant les prélèvements biologiques.
Un visage grave de sexagénaire moustachu apparut sur l’écran de contrôle.
- Colonel Santos ? Mission accomplie. Je vous ai envoyé les preuves par hyperlink. Le suspect s’est rendu coupable de fornication bestiale. Il est en route pour Arès, vous pourrez procéder à son arrestation dès son atterrissage. Terminé.
Ielena coupa la coûteuse communication. Elle fit alors pivoter son auriculaire, l’ouvrit au niveau de la première phalange, tira le câble connecteur qu’elle brancha sur l’ordinateur de bord. Ses yeux devinrent luminescents et clignotants. L’androïde traqueur téléchargeait sa prochaine mission.
Dans cette nouvelle (un peu dans la même veine que celle-ci), on reconnaîtra du Bienvenue à Gattaca, de l’Armée des 12 singes et du Blade Runner, bien évidemment. Il y a aussi quelques autres références glissées ça et là, comme une pénétration matinale pernicieuse.
AmalgaMate 2, par MichaelO.