T’es jeune. Tu rêves. Tu en rêves. Tu l’imagines.
Forcément, elle sera belle, comme sur le papier glacé. Une vraie icône. Un top model, sensuelle et sage à la fois. Indémodable, inaltérable, une beauté… universelle. Ouais, rien que ça. Tu sais pas bien la définir, cette beauté, mais tu vois des visages célèbres passer dans ta petite tête et en réalité, elle sera mieux que toutes ces stars.
Ce sera une déesse du pieu qui fera tout ce qui te fait envie, qui te devinera, et qui te fera faire des choses que t’imaginais même pas possibles. Des extases jamais vues. Des pieds dingues. Capable de te faire te surpasser. Capable de t’accompagner dans des découvertes et ce sera toujours marrant, fun, et soooo sex. Inlassable, en plus, la greluche. Du genre qui a toujours encore faim, mais pas envahissante non plus. Qui te fera jamais mal pendant, qui te collera pas de bleus ou de torticolis. Qui te laissera faire quand tu veux, ce que tu veux. Toujours disponible. La bête de sexe idéale, qui baise et qui fait l’amour.
Elle sera intelligente, bien sûr. Une tronche. Un puits de science. Balaise en orthographe, incollable en ciné et musique. L’histoire, l’architecture, les traditions et coutumes du monde entier ? Elle connaîtra tout ça, elle pourra même t’apprendre des anecdotes tous les jours. Elle parlera couramment 5 langues vivantes, 2 langues moribondes et maîtrisera 3 langues mortes. C’est simple : si demain elle organise le dîner du G20 ou du Conseil de Sécurité de l’ONU, on va passer une putain de soirée trop classe, mais en plus la paix dans le monde va progresser et la solidarité internationale aussi.
Elle sera forte, aussi. Physiquement. Du genre capable de gravir l’Annapurna, de porter les courses et les gamins dans à peine deux bras, de déménager l’armoire sans la vider, d’encaisser des hectolitres de picole sans sombrer dans le coma éthylique, d’épater le dance floor toute la nuit et d’enchaîner le boulot sans que ça se voie le lendemain. Ses globules blancs repousseront toutes les attaques des saloperies de la vie. Elle sera à l’épreuve des bactéries, des virus, des prions, des dioxines, et même des radiations de Fukushima.
Sa peau ne prendra pas une ride, pas une tache, pas une rougeur, pas une écorchure, pas un bouton. Cheveux cassants ? Ça fait longtemps qu’elle aura gagné la guerre. Ses ongles ? Du titane. Ses dents ? Toujours d’un blanc éclatant, presque luminescentes. Elle ne transpirera quasiment pas, non plus. Et elle sentira toujours bon. Un truc dans les hormones, va savoir.
Elle sera forte aussi, mentalement. Capable de prendre des décisions en quelque seconde. Capable d’endurer les difficultés de la vie en gardant le moral, de rire après un enterrement (pas pendant : elle a de la tenue, bordel !). Capable d’échafauder des stratégies en 36 étapes, et d’ailleurs, tout son flan se démoulera sans accroc parce que ce sera une bête de Machiavel mâtinée de Sun Tzu. Pour le dîner du G20, elle les tiendra par les couilles. Ils seront à la fois fascinés et terrorisés. Comme toi, quoi.
Et puis tu cherche un peu tout et son contraire : timide et un peu réservée parce que c’est attendrissant, mais capable de rembarrer ton boss qui voulait te faire bosser ce dimanche quand elle l’intercepte au téléphone ou les flics qui te cherchent des noises. Elle sera sage et présentable, elle ravira mémé tradi avec sa jupe à carreaux sous le genou, mais en même temps elle sera déjantée et assez folle pour copiner avec le cousin junkie destroy. Elle sera le centre de l’attention parce qu’elle sera brillante, elle sera pote avec tout le monde. Et en même temps elle sera modeste. Elle sera bien élevée mais elle aura connu la rue et les freaks. Elle sera calme mais spontanée et pétillante. Elle aura le meilleur de tout, en fait.
Ce sera un genre de pur mec, un peu vulgaire, un peu brut, sans chichis, cash et détaché, franco, détestant les potins, ironisant sur la dictature des féminins et sur l’astrologie. Mais quand même, ce sera une vraie fille, féminine jusqu’au bout des ongles manucurés, sapée chic et mode avec une touche si personnelle qu’elle sera la quintessence de la Parisienne. Pas vulgos, un chouille décalée, facile à remarquer mais pas tape à l’œil, classe mais pas nouveau riche.
Elle sera très créative, forcément. D’ailleurs, ce sera une pro du do it yourself. Un McGuyver de la vie. La bouffe, les fringues, les meubles, le bricolage, la déco, la musique, le dessin, la bagnole, l’informatique, le jardin, le maquillage, les massages, elle sait tout faire avec ses deux mains. Tout ça sans bousiller la manucure, hein, forcément. Et en gardant les mains douces et caressantes. Mortel.
Elle sera généreuse, mais pas au point de m’embarquer dans des causes qui vont bouffer nos loisirs, faut pas déconner non plus. Elle aura une profession géniale et respectée, et en plus qui lui laissera un max de temps libre. Elle aura du fric pour que la vie ne soit pas une galère. Et sa famille sera trop sympa avec toi.
Et en plus, la rencontre sera trop géniale. Il fera beau, ce sera magnifique et limpide. Le lieu sera trop classe.
Ouais, tout ça.
Et puis, avec le temps, avec les rencontres, tu vois bien que non. T’en veux pas de la princesse miraculeuse et parfaite. Des princesses, t’en as peut-être croisées. Elles sont calmes mais elles sont chiantes. Elles sont belles mais froides. Elles sont déjantées mais elles sont insupportables. Elles sont bien élevées mais transparentes. Elles sont cultivées mais deviennent de vraies maîtresses d’écoles.
Alors quand on y pense (si si, allez, quoi… ) celles qui sont intéressantes, c’est celles qui sont… un peu plus “banales”. Avec des défauts. Des gros et des petits. Celles qui ont une histoire et des cicatrices qu’elles te racontent un peu bourrées en fin de soirée dès la première rencontre. Celles qui avancent dans la vie et qui se cherchent en même temps parce qu’elles ne sont pas sûres d’elles. Celles qui sont malades. Celles qui ont besoin de réconfort. Celles qui sont maladroites. Celles qui ont des lacunes. Celles qui sont différentes de celles qu’on veut nous montrer comme modèles.
Elles sont pas chiantes, plates, sans aspérités. Non, elle sont juste moins spectaculaires. Elles sont loin des rêves bling bling. Mais elles sont quand même extraordinaires parce qu’elles sont pas une somme de qualités. Elles sont une personne, et une personne c’est un tout.
Un jour, j’ai dit à quelqu’un que j’aimais et admirais profondément : “les autres sont aveugles mais moi j’ai une chance énorme : je sais voir que tu es belle, dedans et dehors“. Ouais, des fois je sors des trucs un peu niais comme ça (et le pire, c’est que je les pense). Elle ne voulait pas m’écouter. Pourtant, j’avais raison. Aujourd’hui, tout le monde sait qu’elle est belle dedans et dehors. Même elle. Bon, faut que je lui rappelle souvent, mais les amis c’est fait pour ça.
Aujourd’hui, des tas de mecs et de nanas ont regardé une jeune anglaise épouser un prince. C’est cool. Ça fascine. C’est beau. Il y a de la foule qui acclame. Ça pue le fric et les traditions. Et toutes les merdes sont enfouies sous la dorure et planquées par les services qui vont bien. Beuark.
Vous voulez vraiment d’un prince charmant au sourire ultra brite ? J’ai toujours trouvé qu’avec sa tronche de surfer décérébré et ses muscles parfaits, c’était une pure tête à claques.
Au moins, William est moche.
Et encore, moins que son père et sa belle-mère.
