Proposition indécente

La Peste a récemment jasé sur la proposition sexuelle. Le hic, c’est qu’elle a choisi la position de la réception. Comment réagir face à la proposition. Alors j’ai proposé de parler de comment faire une proposition indécente ?

C’est cliché, si on regarde ça de manière brute : l’homme propose la femme dispose. Hopopop, je t’arrête tout de suite. On va aussi la tenter switch, échanger (message de service : la balle est dans ton camp).

Bon, on supposera pour les besoins du problème que les deux, le gars et la fille, se connaissent déjà un peu. Entre quelques années et quelques heures.

La course de fond : la travailler au cours, pendant des heures, des jours, des mois, des années. Entretenir le mystère sur ses intentions. Y aller crescendo. Là un regard appuyé. Ici un mot à peine déplacé. Là un contact corporel. Ici une situation ambiguë. Et puis quand finalement tout est prêt, passer au point d’orgue en toute simplicité, en quelques mots. Si elle n’a rien clarifié depuis le début, c’est soit elle est partante, soit qu’elle pense que t’es juste un pote. Tu pourras toujours te prévaloir de l’avoir eu dans le viseur très nettement. Attention à la chute quand même, surtout si tu penses faire un calcul de retour sur investissement.

Le timide maladroit : bredouiller, commencer des phrases ou lancer des sujets et s’arrêter en cours, lui renverser des verres dessus (pas trop non plus, hein, la facture de teinturier qui grimpe  n’est pas très glamour), rougir quand on dit un mot ou une expression à double sens, avoir les mains fébriles, tout ça tout ça. En gros, montrer qu’on en pince, et que l’attirance est physique. C’est marrant jusque vers 16 ans, après elles nous préfèrent plus dégourdis. Mais il peut arriver un moment où on ait cette attitude, même plus tard. Le truc c’est de rapidement changer de casquette. Sinon on attire des mamans par intérim qui prennent soin et montrent le chemin. Adorable mais infantilisant.

Le romantique : le cadre sympathique, ou la promenade sympathique, l’approche tout en douceur, quelques petites attentions pour enrober (pas grand chose, un joli geste, un menu présent), quelques compliments. Oui, elle a pigé, tu en veux à son corps mais elle se laisse faire parce que c’est charmant. Elle peut même te le faire remarquer. Quand on est (déjà) amoureux et un peu délicat, ça vient tout seul. Oui, elle voit les étoiles dans tes yeux et la lunette de l’observatoire qui point un peu plus bas, tu peux revenir sur terre. Si elle dit non, tu peux prendre un air attristé. Ou l’être vraiment. Et tu pourras passer avec grâce dans la case à la con du mec sympa / copain gay : on t’aime bien mais on couche pas avec toi.

Dans le doute, on sait jamais, sur un malentendu : faire un pari, tenter le tout pour le tout, sans trop y croire. Lancer une pique au milieu de la conversation. Et sinon, on coucherait pas ensemble ? Tu sais que t’es super bandante ? Oh, il a fait ça, mais il sait pas si prendre, tu veux qu’on essaye toi et moi ? On tournerait pas un porno, toi et moi ? Brutal, surtout si ça tombe de nulle part. Il vaut mieux quand même garder une solution de repli. L’humour, le rire un peu forcé, la surdité soudaine, une brusque passion pour cette tâche au mur là-bas, ou une fuite éperdue dans la nuit noire pour aller se cacher au fin fond d’une yourte en l’Ouzbékistan, bien souvent.

L’artillerie du gros lourd : regards lascifs, langue langoureuse, œillades dans le balcon et sous la ceinture, sourire enjôleur ultrabrite, faire péter les signes extérieurs de beaufitude façon mac marseillais des 70’s, prendre une pose qui met en valeur son anatomie, et susurrer : alors, toi et moi, on se ferait pas un p’tit câlin ? Évidemment, ça marche uniquement si on a un minimum d’arguments physiques, le gringalet aura du mal à la jouer macho übersexuel. Et puis il faut espérer qu’elle ait de l’humour, très faim, ou qu’elle soit particulièrement conne. Parce que le style Aldo Maccione a un peu passé, quand même.

Avec (un peu) de classe : depuis le début, entretenir une tension sexuelle et un petit malaise. Des silences trop longs, un sourire appuyé, un regard. Surtout garder un peu ses cartes cachées. Adopter l’attitude du chaudron qui bout mais se contient, mais ne pas mettre de mots. Lancer une invitation qui peut être interprétée. Ne pas se vexer si ça ne prend pas. Ça peut ressembler au romantique mais c’est moins cucul, ça peut virer au gros lourd pour une question de code toute bête.

En copain : en gros, y’a pas de mal à se faire du bien. L’argument principal, c’est qu’on se connaît déjà, c’est un prolongement de la sympathique qu’on éprouve déjà. La fameuse amitié garçons-filles en prend un petit coup (elle aussi), donc personne n’y trouvera à redire puisque les filles n’y croient pas. Pour la consoler. Pour se consoler. Pour la déconne. Parce qu’on est bourrés, défoncés, dans un cadre qui va bien, anciens amants (le fameux “tu t’souviens du bon vieux temps“). C’est plus facile de dédramatiser un refus.

Passe devant je te suis : c’est du reverse engeneering. Tu pars du moment où c’est elle qui te fait la proposition, et tu remontes la file des événements successifs qui mènent à la situation où elle croit que l’idée vient d’elle. Là, ça demande des capacités d’analyse et de stratégie très balaises. Et ça foire. Parce qu’en général, les réactions sont jamais celles qu’on avait prévues. Ou y’a un personnage qu’on n’avait pas prévu dans le scénario. Ou ça réclame des moyens hors de portée (en argent, en temps). On peut attendre longtemps que les étoiles soient alignées, et même voir défiler d’autres prétendants.

La proposition qu’on enferme à double tour à l’intérieur : elle est canon, mais on n’osera pas, pour un tas de raison. Trop high level, mec, elle est pas pour toi, elle sait même pas que tu existe, t’as carrément pas le niveau ni les outils. Garde en tête que si tout le monde pense pareil, ça signifie qu’au final elle ne croule pas sous les demandes… Le culot, parfois, ça paie. Ou alors c’est trop risqué, trop compliqué. Elle est déjà prise, et pas qu’un peu (avec un solidement implanté, ou plusieurs qu’elle gère de main de maître). Ou alors c’est ta boss. Ou une cousine (lointaine, mais quand même). Ou ta propriétaire. Ou sa fille a ton âge. Ou t’as déjà couché avec sa fille. Ou sa sœur. Ou sa mère. Ou son frère. En gros c’est tentant mais tu n’y crois pas une seconde. Et c’est vrai que… non, vaut mieux oublier.

Vous en connaissez peut-être d’autres.

Bon, La Peste, on inverse maintenant ?


11 Comments

  1. Passe devant… Je te suis ;) (ça me permettra de vérifier que tu as bien le joli petit cul que j’imagine)

  2. Il n’y a pas la version explicite et sincère? Parce que les techniques à 15 niveaux d’inception, si tu tombes sur quelqu’un comme moi qui décode absolument rien dans les trucs même pas vaguement subtiles, tu es sûr de faire un plat magistral, alors qu’en disant les choses tout simplement, c’était plié et glorieux avec ça!

  3. La Peste : tututut, j’ai fait les propositions, à toi maintenant. Je ferai la réaction.

    Monolecte : chacun trouve ses mots, et les gestes qui vont avec (de la caresse sur la joue à la main entre les cuisses). Mais les caricatures que j’ai données mènent toutes à une demande en bonne et due forme, suffisamment claire pour qu’il n’y ait pas d’équivoque possible. Tu lui indiques que tu veux coucher avec, pas jouer au Scrabble, on est bien d’accord.

  4. Sauf que quand tu ne décodes pas, tu ne peux pas fournir la bonne réponse à une question que tu n’as pas entendue.

  5. yoana

    en tant que nana, exit le gros lourd et le maladroit…
    parfois, je me sens victime et coupable d’une proposition enfermée à double tour….et c’est comme ça qu’on n’avance pas beaucoup.
    Ou pas du tout.

  6. Roger Grogué

    J’aime beaucoup le “avec (un peu) de classe), je me dis que c’est celui qui a le plus de chance de fonctionner.

  7. antinea

    Alexandre Silenus, je t’adore ! A chaque fois, j’attends avec impatience tes publications. J’imagine que ce qui est bon est rare et c’est pour ça que nous ne recevons ces délices qu’au compte-goutte. J’en profite pour remercier La Peste grâce à laquelle j’ai connu ce blog.
    Je m’étonne aussi du peu de commentaires sur ces articles de qualité. Et je me dis peut-être que, comme moi, il y a beaucoup de lectrices et lecteurs qui apprécient mais qui commentent très rarement ou qui restent dans l’ombre par peur de dire des bêtises.
    En tout cas, chaque fois que tu écris quelque chose, je suis tellement sur la même longueur d’onde…je te rejoins sur tes coups de gueule, ta façon d’appréhender la vie, les êtres humains, les rapports entre les sexes (sans jeu de mot ^^)…et surtout avec poésie et un réel talent d’écriture. Bref, c’est du haut niveau comme on en voit rarement sur un blog.

    Ah…si seulement les garçons comme toi existaient pour de vrai…(oui je suis parano et pas très optimiste sur ce point), j’aurais tellement aimé en rencontrer ! (soupir)

  8. Antinea : merci pour les compliments.
    Ils existent, ils sont simplement moins sur le devant de la scène, c’est tout.

  9. Karine

    Découverte très agréable.

  10. Crickouille

    “Dans le doute, on sait jamais, sur un malentendu” je pense que celui là il a le mérite d’être clair sur ses intentions … Et puis un culot qui pourrait me flatter et donc payer ! Tout ça au conditionnel quand même parce que le coup du porno faudrait vraiment que je sois de disposée à le prendre sur le ton de l’humour … Mais bon j’ai une âme de clown donc …

  11. Giulietta

    ” Garde en tête que tout le monde pense pareil, ça signifie qu’au final elle croule pas sous les demandes”. Tous les mecs devraient te lire tu sais ?


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  1. Proposer la bagatelle /  Queue du bonheur 19 09 11

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