Archive for septembre, 2011

The office

Posted 23 sept 2011 — by Alexandre Silenus
Category Ouais, mec, Tranche de vit

Il est assez tard, mais je bosse encore. Je suis presque le dernier des Mohicans, il n’y a quasiment plus personne dans le bâtiment sauf une collègue à quelques bureaux de là. Elle m’a dit qu’elle passerait me prendre à la sortie du bureau. C’est loin mais ça nous évite de faire un grand détour pour aller dîner chez son amie après. Je lui ai envoyé l’adresse par SMS. On est en hiver, la nuit est déjà tombée sur la ville et les lampadaires balancent leur lueur glauque sur le bitume et sur les murs. C’est nettement plus calme, on entend moins de voitures, moins de pas.

Ma collègue commence à rassembler ses affaires, et me dit de ne pas dormir là. Je la rassure, j’en ai pas pour très longtemps, et je fermerai en partant sans oublier de tout éteindre et de mettre l’alarme, pas de souci. Le silence se fait. Je me recule sur ce dossier de chaise qui a dû connaître l’époque Pompidou. Je suis content de la voir. Ca fait déjà un moment qu’on se voit et à chaque fois c’est un festival. Des rires, des discussions, et une explosion des sens. On a du mal à se résister, physiquement.

Quelqu’un sonne à l’accueil en-dessous.

- J’arrive !

Machinalement, je me recoiffe et me resappe un peu avant d’ouvrir. Ouais, il est tard, mais on n’est pas des clodaus non plus. Elle m’apparaît dans un souffle froid, avec son grand manteau prune et son écharpe en laine, un bonnet négligemment posé sur sa crinière brune. Ses yeux pétillent d’une malice incroyable, comme toujours.

Elle se jette littéralement dans mes bras pour m’embrasser, balance son sac et son manteau sur le comptoir de l’accueil.

Ouahou, pour une fois elle a sorti le grand jeu : robe, grosse ceinture asymétrique, jolis bas avec des motifs, escarpins, petits pendants aux oreilles. Quand elle se colle à moi, je sens le mélange de son parfum et de l’odeur de sa peau. Ma fatigue disparait déjà un peu. Son énergie communicative et la fraîcheur de ses mains dans mon cou me filent comme un coup de fouet.

- Alors c’est là que tu bosses ?

- Ouais. Ben tiens, je vais te faire la visite.

- Ca tombe bien, faut que j’aille pisser avec ce putain de froid de Pôle Nord ! On commence par là ?

- La classe, comme toujours…

Elle rit.

Après les sempiternelles photocopieuses et le salon d’attente avec sa table basse, on passe devant la machine à Nespresso et me demande un café. Elle tient la tasse à deux mains pour réchauffer ses menottes menues et graciles, soufflant sur la mousse onctueuse. Le chaud, le froid. Ca lui va bien, ce contraste. Tantôt renfermée, tantôt expansive et enthousiaste. Par moments intello raffinée, par moment plus vulgaire et triviale qu’un camionneur.

On passe devant les archives.

- Ah, les archives… C’est calme, comme endroit, d’habitude, hein ?

- Ben oui, pourquoi ?

- Ben parce que c’est le genre d’endroit où on est isolés, assez insonorisés… et on peut…

Elle m’agrippe le dos d’une main, l’entrejambe de l’autre et se frotte à moi en m’embrassant.

- Attends, hé, on n’est pas seuls !

- Ah oui ? Ahaaaaah… (plus bas, et sur un ton plus sérieux) on n’est vraiment pas seuls ?

- Non je déconne…

- T’es con !

Je l’embrasse de plus belle et commence moi aussi à glisser mes mains un peu partout, sur son cou, sa poitrine, ses hanches. Je sens comme une vague de chaleur, d’ailleurs ses mains sont nettement moins froides, désormais.

On continue la visite, elle veut voir l’antre de la bête. Elle est un peu déçue, mon bureau n’est pas très personnalisé. Pas de photos, d’objets à la con, de papelards qui trainent, de bouquins éparpillés, de traces de grignotage sauvage, de marques de tasses de café…

Elle est un peu plus impressionnée par le bureau du boss, qui lui par contre ne se prive pas pour exhiber son statut social partout et pour marquer clairement son territoire. Les grands fauves, faut que ça ait de l’allure et que ça annonce la couleur direct. Faut que ça en jette.

Et puis on passe à la grande salle de réunion. Chic, bien équipée sans être ostentatoire, sobre sans être impersonnelle, on y reçoit du monde. La grande table blanche qui trône au milieu l’impressionne. Je m’assieds dans un des grands fauteuils à grand dossier, en bout, comme pour présider, et l’attire sur moi. Elle se retrouve assise de biais, jambes sur un bras du fauteuil, dos contre l’autre, son joli cul moulé dans sa robe posé entre mes cuisses. On est pas bien, là ?

Cette fois je deviens plus entreprenant. Je glisse mes mains sous ses vêtements en l’embrassant à pleine bouche. Et là, une sorte de machine se met en mode automatique. J’ai envie d’elle. Ici. Maintenant. Je sens comme les rouages qui cliquètent dans ma tête. En remontant mes mains le long de ses jambes, je confirme que ce sont bien des bas et non pas des collants. Je sens le satin de sa culotte. Elle ne me repousse pas, son souffle se fait plus court. Je m’enivre d’elle. Putain, c’est bon. Putain, je la veux…

Je sors mes mains pour lui retirer sa ceinture pendant qu’elle commence à déboutonner ma chemise pour me caresser le torse. Je la soulève, la dépose sur la table et l’embrasse dans le cou tout en descendant la fermeture de sa robe. Je me baisse pour faire glisser tout ce tissu inutile jusqu’à ses pieds tout en lui léchant la peau par-ci, déposant un baiser sur un grain de beauté par-là. Je remonte en empoignant ses fesses, ses reins, ses aisselles. En cours de route, l’agrafe de son soutien-gorge a capitulé devant cette blitzkrieg sensuelle.

Elle est quasiment nue, droite, et me fixe la bouche à demi ouverte, les mains en arrière sur la table comme pour s’obliger au calme. Mais ça ne dure pas. Elle finit de m’ôter la chemise, marque un temps d’arrêt, puis me repousse dans le fauteuil et se jette à genoux comme pour me supplier. Frénétiquement, ses doigts farfouillent pour ouvrir mes boutons de braguette. Je sens ses mains attraper triomphalement mon érection naissante pour l’apporter à l’air libre. Elle lève les yeux vers moi, sourit, et enfourne mon sexe dans sa bouche lentement.

Je me laisse faire, époustouflé, comme soufflé par la sensation chaude et humide. Son jeu de langue et de succions m’excitent complètement. Je suis agrippé aux accoudoirs comme un touriste dans un super 8 en pleine grande descente. Elle a toujours su jouer de sa bouche. Ses mains, libres maintenant, ont ouvert ma ceinture et commencé à retirer mon jean.

Je lui attrape le menton et la remonte vers moi pour l’embrasser. Je la repousse un peu pour me redresser, lui pose une fesse sur la grande table immaculée, écarte sa culotte sur un côté comme on écarte un rideau, et m’approche pour entrer en elle. Mouillée, elle semblait n’attendre que ça. Je la pénètre lentement contre la table pendant qu’elle étouffe un cri. Doucement, puis plus sauvagement, je la prends sur cette table. Elle s’abandonne. Se couche entièrement. Se caresse les seins. Ondule des reins. Se mord un doigt.

Je m’enhardis et monte sur la table aussi. C’est pas confortable, ça glisse. Mais on baise avec une fureur crescendo incroyable. Elle accompagne mes mouvements, m’agrippe le dos et remonte jambes à mes épaules pour que j’entre bien en elle. Moi dessus, elle sur le dos, on progresse sur la grande table. Je sens les contractions de son vagin qui semble me dire de presser le mouvement et je vois ses yeux se plisser de plaisir.

Arrivés au bout de la table, sa tête pend dans le vide, mais elle a attrapé un pied pour se tenir. Sentant que j’allais jouir en elle, je me suis collé à sa peau en poussant un râle mettant le point d’orgue à cette chevauchée. Enfin, cette rampée sur le dos.

On reste un moment comme ça. Imbriqués. Collés. Trempes. Les tremblements ont cessé. Les miens, en tout cas. Elle s’est mise plus à l’aise, est revenue sur la table pour me serrer contre elle. Elle dépose un bisou rapide dans mon cou. Après un moment indéterminé, je me suis un peu écarté. Je suis descendu de la table. J’ai le pantalon et le boxer aux chevilles, avec les chaussures. Un peu ridicule. Elle a ses bas et sa culotte, et un seul escarpin encore en place. Elle est un peu ailleurs, ou un peu prostrée, je n’arrive pas à savoir.

- Ca va ?

- Han han…

On a fini par se rhabiller et on est allés chercher du papier essuie-mains pour effectuer un semblant de nettoyage sur la table. On s’est refait deux cafés. Et on a fumé une clope à la fenêtre de la salle de réunion. J’ai quand même pensé à mettre l’alarme en partant. Évidemment, on est arrivés à la bourre pour le dîner. Pas complètement débraillés, mais un peu chiffonnés et les tifs pas totalement domptés.

Le lendemain matin, j’arrive au bureau, j’allume l’ordi. Le boss arrive comme une tornade. Il a pas l’air furax, il a plutôt la pêche des jours où tout va bien.

- Bon, j’ai besoin de vous voir tous en salle de réunion dans 5 minutes, faut que je vous fasse un topo sur la nouvelle orga.

On a fait gaffe la veille au soir, j’espère qu’il n’y a pas un vieux ou des traces suspectes… J’arrive le premier. Non, ça va. Les sièges se remplissent. Le boss s’installe sur la chaise où j’étais hier soir. La réunion commence. A quelques heures d’écart, c’est le même lieu, mais pas du tout le même contexte… Au bout de quelques phrases, il hausse le ton alors que j’ai les yeux dans le vague.

- Alexandre, vous avez l’air bien songeur, ce matin, à quoi vous pensez ?

- Oh, à rien… (je ne peux réprimer un très léger sourire)

- Il doit être amoureux, alors. Bon, donc je disais…

Les réunions n’ont plus du tout eu le même goût, dans cette salle.

Proposer la bagatelle

Posted 19 sept 2011 — by Alexandre Silenus
Category Tranche de vit

Pour faire des propositions indécentes, chacun sa méthode. Ou ses méthodes, faut varier. Improviser. Aujourd’hui, on a en plus un tas de moyens marrants pour faire l’original. De l’objet personnalisé au poke Facebook qu’il faut interpréter comme une œillade appuyée, y’en a pour tous les goûts. Mais on peut toujours se faire surprendre par des trucs… bizarres.

Un soir, j’ai été invité par une cousine à une émission de variété en public. Son mec était un chanteur un peu connu, on a eu de bonnes places. Et surtout, après le bousin, qui était quand même pas mal chiant, direction les coulisses parce qu’on connaît du monde. Sans courir les pince-fesses, ça peut être marrant. Ça fait bizarre de retrouver le rocker, le boy’s band, le vieux décrépi qui tente un énième come-back, les danseuses russes avec le ténor qui va bien, le tout mélangé et sous un éclairage sans paillette. Tout le monde s’auto-congratule, se passe de la pommade, c’est trop génial. Bon, boire. Hop, un sourire, un petit mot sympa et je me fous le serveur dans la poche alors que tout le monde le prend pour de la merde.

Et puis allons-y, et que tout le monde se présente et va se serrer la paluche ou se claquer la bise, sur fond de ma chériiiiie t’as pas changé ! et autres ah oui c’est sûr vous avez complètement renouvelé le genre. Youpi. Et là, en cherchant le mec de ma cousine, on voit qu’il est en grande discussion avec un patron de télé, le présentateur, un ancien ministre, une meute de pique-assiettes et de poseurs. On va pour le féliciter, et je sais pas comment mais il y a eu un gros quiproquo sur la raison de ma présence. Un quiproquo maousse, même. Un truc flou, mais qui en jette potentiellement si on regarde pas dans le bon sens. En gros, on m’a pris pour une huile. Genre première pression à froid. Tapis rouge ! Et allons-y pour les grands sourires, les courbettes, les poseurs qui se disent que c’est le moment de sortir leur plus beau numéro de faux-cul histoire de grappiller quelques subventions ou un appui.

Déprimant. Je retourne voir le serveur, je lui explique que côté liquides, il va falloir qu’il m’approvisionne en doses de docker. Il sourit. Il en a vu d’autres, le bougre. Je trouve des gens un peu moins cons et un peu moins collants. La soirée avance, les verres se vident mais par la grâce d’un petit chauve aux gants blancs ça ne dure jamais, on fait tomber la veste et on la met sur le porte-manteau. On finit par se marrer avec des gens assez sympa qui naturellement trouvent toujours le moyen de se retrouver dans un coin un peu à l’écart dans ce genre de circonstances. Le vieux décrépi est plus rock n’ roll que les jeunes à guitare, sans leurs costumes les danseuses russes sont bien plus belles, les pique-assiettes sont partis dès qu’il n’y a plus rien eu à becqueter.

Vient l’heure de rentrer. Trouver un taxi, c’est coton à cette heure-ci. Autant appeler. Où est mon portable ? Merde, ma veste ! Ah, ça va, j’ai du pot, pas de voleurs ce soir. Je fouille la poche intérieure. Tiens, c’est quoi, ça ? Ça, c’est un mouchoir en tissu, brodé. Deux lettres. H et П. Le prénom, sans doute Natalia, et un nom qui commence par un P. Un objet comme ça, ça veut dire retrouve-moi. Ça veut dire aussi : je t’ai repéré, je sais qui tu es et j’ai pris le temps de regarder où tu as posé tes affaires.

Rouge, bleu, blanc, pas de doute, c’est une des russes. Et y’a sans doute qu’elles qui jouent encore à ce genre de jeux. Et Madame de Fontenay, peut-être. Dommage, elles sont toutes rentrées, le ténor aussi, et à cette heure-ci il ne reste plus personne pour me dire laquelle c’était précisément : la jolie brune (oh oui !), ou la blonde filasse avec un nez horrible (oh non !), ou une autre qui n’a pas vraiment retenu mon attention ? Où elles logent à Paris ? Je n’ai pas pu le découvrir non plus. Tant pis. C’est un truc un peu vieillot, mais c’est quand même plus chic que le 06 gribouillé au crayon à paupière sur une serviette en papier glissée dans la poche.

Y’a d’autres façon plus  directes et marrantes. Taguer un message dans la cage d’escalier, ou sur sa boîte aux lettres. Les petites annonces de Libé. Ou laisser la proposition clairement en évidence sur un pare-brise arrière sale. Comme ça :

On voit donc le message de l’extérieur, mais aussi de l’intérieur par un jeu de double retournement. Hé oui, dans l’habitacle le texte est normalement à l’envers, mais bien visible et à l’endroit dans le rétroviseur.

Ça rappelle un peu ces tableaux des soirées étudiantes ou A34 offre un verre à B12 et ou C22 et C24 se laissent des mots cochons. A, B et C désignent les célibataires, en couples ou open, et chacun porte son badge tout en essayant de savoir si c’est vraiment B03 qui nous laisse des messages ou si c’est ces deux margoulins de A09 et A15.

Là aussi, ça veut dire : je sais que c’est ta bagnole, je t’ai vu y rentrer. Maintenant faut me chercher. Ou deviner qui je peux bien être. Ou trouver un moyen de me répondre.