Proposer la bagatelle

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Posted 19 sept 2011 in Tranche de vit

Pour faire des propositions indécentes, chacun sa méthode. Ou ses méthodes, faut varier. Improviser. Aujourd’hui, on a en plus un tas de moyens marrants pour faire l’original. De l’objet personnalisé au poke Facebook qu’il faut interpréter comme une œillade appuyée, y’en a pour tous les goûts. Mais on peut toujours se faire surprendre par des trucs… bizarres.

Un soir, j’ai été invité par une cousine à une émission de variété en public. Son mec était un chanteur un peu connu, on a eu de bonnes places. Et surtout, après le bousin, qui était quand même pas mal chiant, direction les coulisses parce qu’on connaît du monde. Sans courir les pince-fesses, ça peut être marrant. Ça fait bizarre de retrouver le rocker, le boy’s band, le vieux décrépi qui tente un énième come-back, les danseuses russes avec le ténor qui va bien, le tout mélangé et sous un éclairage sans paillette. Tout le monde s’auto-congratule, se passe de la pommade, c’est trop génial. Bon, boire. Hop, un sourire, un petit mot sympa et je me fous le serveur dans la poche alors que tout le monde le prend pour de la merde.

Et puis allons-y, et que tout le monde se présente et va se serrer la paluche ou se claquer la bise, sur fond de ma chériiiiie t’as pas changé ! et autres ah oui c’est sûr vous avez complètement renouvelé le genre. Youpi. Et là, en cherchant le mec de ma cousine, on voit qu’il est en grande discussion avec un patron de télé, le présentateur, un ancien ministre, une meute de pique-assiettes et de poseurs. On va pour le féliciter, et je sais pas comment mais il y a eu un gros quiproquo sur la raison de ma présence. Un quiproquo maousse, même. Un truc flou, mais qui en jette potentiellement si on regarde pas dans le bon sens. En gros, on m’a pris pour une huile. Genre première pression à froid. Tapis rouge ! Et allons-y pour les grands sourires, les courbettes, les poseurs qui se disent que c’est le moment de sortir leur plus beau numéro de faux-cul histoire de grappiller quelques subventions ou un appui.

Déprimant. Je retourne voir le serveur, je lui explique que côté liquides, il va falloir qu’il m’approvisionne en doses de docker. Il sourit. Il en a vu d’autres, le bougre. Je trouve des gens un peu moins cons et un peu moins collants. La soirée avance, les verres se vident mais par la grâce d’un petit chauve aux gants blancs ça ne dure jamais, on fait tomber la veste et on la met sur le porte-manteau. On finit par se marrer avec des gens assez sympa qui naturellement trouvent toujours le moyen de se retrouver dans un coin un peu à l’écart dans ce genre de circonstances. Le vieux décrépi est plus rock n’ roll que les jeunes à guitare, sans leurs costumes les danseuses russes sont bien plus belles, les pique-assiettes sont partis dès qu’il n’y a plus rien eu à becqueter.

Vient l’heure de rentrer. Trouver un taxi, c’est coton à cette heure-ci. Autant appeler. Où est mon portable ? Merde, ma veste ! Ah, ça va, j’ai du pot, pas de voleurs ce soir. Je fouille la poche intérieure. Tiens, c’est quoi, ça ? Ça, c’est un mouchoir en tissu, brodé. Deux lettres. H et П. Le prénom, sans doute Natalia, et un nom qui commence par un P. Un objet comme ça, ça veut dire retrouve-moi. Ça veut dire aussi : je t’ai repéré, je sais qui tu es et j’ai pris le temps de regarder où tu as posé tes affaires.

Rouge, bleu, blanc, pas de doute, c’est une des russes. Et y’a sans doute qu’elles qui jouent encore à ce genre de jeux. Et Madame de Fontenay, peut-être. Dommage, elles sont toutes rentrées, le ténor aussi, et à cette heure-ci il ne reste plus personne pour me dire laquelle c’était précisément : la jolie brune (oh oui !), ou la blonde filasse avec un nez horrible (oh non !), ou une autre qui n’a pas vraiment retenu mon attention ? Où elles logent à Paris ? Je n’ai pas pu le découvrir non plus. Tant pis. C’est un truc un peu vieillot, mais c’est quand même plus chic que le 06 gribouillé au crayon à paupière sur une serviette en papier glissée dans la poche.

Y’a d’autres façon plus  directes et marrantes. Taguer un message dans la cage d’escalier, ou sur sa boîte aux lettres. Les petites annonces de Libé. Ou laisser la proposition clairement en évidence sur un pare-brise arrière sale. Comme ça :

On voit donc le message de l’extérieur, mais aussi de l’intérieur par un jeu de double retournement. Hé oui, dans l’habitacle le texte est normalement à l’envers, mais bien visible et à l’endroit dans le rétroviseur.

Ça rappelle un peu ces tableaux des soirées étudiantes ou A34 offre un verre à B12 et ou C22 et C24 se laissent des mots cochons. A, B et C désignent les célibataires, en couples ou open, et chacun porte son badge tout en essayant de savoir si c’est vraiment B03 qui nous laisse des messages ou si c’est ces deux margoulins de A09 et A15.

Là aussi, ça veut dire : je sais que c’est ta bagnole, je t’ai vu y rentrer. Maintenant faut me chercher. Ou deviner qui je peux bien être. Ou trouver un moyen de me répondre.


7 Comments

  1. Hanna

    En entrant à la fac, j’ai laissé ma photo d’identité avec mon numéro au dos à un type qui s’occupait des formulaires LMDE et que j’étais à peu près sûre de ne pas revoir, je ne connaissais ni son nom, ni son prénom, ni la fac où il allait.

    Je l’ai jamais revu, mais je me demande si c’était pas complètement stupide de faire un truc pareil.

  2. Prune

    Un garçon me plaisait depuis un moment. Étant trop timide pour lui avouer, ou lui faire comprendre.Un miracle se produisit,ses coordonnées étaient passées entre mes mains.
    Un jour pas comme un autre, je lui est envoyé un texto.
    Curieux et amusé par ce texto inopiné. Nous avons commencé à jouer à “Qui es-ce” ou “Au chat et à la souris” au choix…
    Quelques semaines très excitantes!^^

  3. VD

    Bilan de fin de soirée : plaisir ou frustration ? A toi de me le dire.

  4. christelle

    bonjour, 1ère fois que je commente! bref, j’adore ton blog mais je me suis posée la question pour ce post, pourquoi “propositions indécentes”? la manière est certes spéciale, mais n’est-ce pas une proposition naturelle? :-)

  5. Ca me rappelle quand on était petits (enfin, quand j’étais petite je sais pas si tout le monde a fait pareil) et qu’on s’envoyait des billets en classe: Est-ce que tu veux sortir avec moi? Avec oui, non et des cases pour faire une croix sous l’option choisie. Après, c’est devenu: Tu me montres tes nénés pour un carambar? Oui, non, oui pour un carambar et un malabar. Et maintenant: Sex? On devient vachement plus prosaïques avec l’âge.

  6. Excuse moi, j’te fous un comm total n’imp. (si si j’prend le gauche). T’as quelqu’un en ce moment? (nan mais rép pas hein, be nice) (c’est ta vie privé ok, remarque on serait contente pour toi tes lectrices fan) (oui on est sympa). Je disais. Ah oui, des fois que tu le saches pas, t’es un drame niveau hormones à lire.
    (nan mais sur un malentendu ca peut marcher tout ca)
    sur ce je me taille vite fait et j’ai bien gagné le droit de fermer ma gueule ;)

  7. Ça fait plus d’un an que j’ai une zigounette dessinée sur le pare-brise arrière de ma voiture, par flemme de l’effacer… Si ça se trouve, c’était une proposition :)



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