Nous avons rendez-vous. Ce soir. Un soir où il pèle sévère. Un soir où les corps vont se tenir chaud.
La situation est super bizarre. Tu connais un tas de trucs sur moi, tu as pu te rencarder. Et moi j’en sais si peu. Si peu. Pourtant, aujourd’hui, c’est toi qui es anxieuse. Bien flippée, même.
J’entends la porte s’ouvrir. Le parquet de cette vieille bâtisse grince. Tes petits pas, le froufrou de ton manteau, un sac qui se pose à terre. Une enveloppe glisse sous la porte derrière laquelle je t’attends. Je sais ce qu’il y a dedans. Mais je veux voir. C’est ton œuvre. Je souris… et les secondes deviennent des minutes. Je t’attends dans la pénombre. Moi aussi j’angoisse.
Je t’entends t’affairer dans la pièce d’à côté. Tu entends les palpitations de mon cœur, j’en suis sûr. Le salopard est parti au triple galop. Pas moyen de le calmer. Dans la pénombre, je tends mes mains. Elles tremblent. J’ai la gorge nouée, j’arrive pas à avaler ma salive. Et puis j’entends tes pas, devant la porte. Tu tournes la poignée ronde dans un sens, ça n’ouvre pas. Je tourne dans l’autre. Sésame, ouvre-toi…
A contre-jour, tu apparais. C’est vraiment une apparition. Cette lumière faible derrière toi fait comme un halo. Une auréole. Tu es là, hésitante, dans une posture curieuse. Cambrée sur tes fiers escarpins pour pieds menus. Un pied légèrement devant l’autre. Le corps de biais. La main droite encore tendue en avant, dans une position figée, l’autre légèrement en arrière. Comme un bretteur en garde. En garde !
Ta chevelure brune bouclée cache le bandeau du loup que tu portes. Un loup sans trous pour les yeux. Tu ne me vois pas. Ta respiration haletante fait se soulever ta petite poitrine. Tu as la bouche légèrement entrouverte. Comme pour murmurer. Ou pour crier. Entre tes lèvres fines et dessinées, on voit tes petites quenottes blanches et ta langue prête à supplier pour que l’insupportable attente cesse enfin.
Tu portes une nuisette noire transparente mouchetée, des bas mouchetés, et je vois ta peau ambrée constellée elle aussi de grains de beautés. Comme une coccinelle qui ne connaîtrait pas la symétrie. Comme si tu avais couru à travers un lancer de confettis d’Halloween. Comme si tu étais restée trop près d’un pistolet à peinture. Comme un point à point à relier. Je sais pas ce que ça ferait, comme figure. De toute façon y’a pas les numéros.
Du bout des doigts je touche cette main encore tendue. Ton bras se hérisse et je vois en contrejour que tu as la chair de poule. Une vibration impressionnante part du bras et gagne tout ton corps, qui tremble. Une éruption se produit, un mouvement tectonique se répand jusqu’à tes mollets. Tu as la main moite. Je m’approche à quelques centimètres. Ta peau sent incroyablement bon. Elle a une légère moiteur qui marque ton angoisse. J’effleure ton épaule, ta nuque, ton bras. T’es totalement électrifiée par le geste.
Je me colle à toi et tu suis le geste presque au même moment. Déposant un baiser dans ton cou, je goûte ta peau légèrement salée. Fébrile, tu entames le déballage de ma chemise pendant que je parcours tes dessous de mes mains.
En glissant ma main entre tes cuisses, je trouve une chair brûlante. Tiens, tu as oublié de mettre une culotte…
Après quelques minutes à se découvrir, du bout des doigts, puis plus franchement, à nous déshabiller, nous voici nus et je te bascule sur le lit. Tu es étendue, prête pour l’étreinte. Ta beauté époustouflante me frappe d’un coup, et je reconnais enfin cette ressemblance dans tes traits, ta grâce et ton expression. Je cherchais à retrouver qui. Inès de la Fressange, en plus petite.
Je me penche doucement vers toi. Lentement, j’attache tes menus poignets aux pieds du lit avec de longues lanières que j’enroule. Je caresse tes cheveux sans retirer ce masque et entre inéluctablement en toi comme un bateau rentre au port. La puissance érotique du moment a provoqué à nouveau ce tremblement. Timidement, tu m’enlaces lors des premiers va-et-vient, puis progressivement tu m’attires en toi, t’agrippe. Tes jambes douces et souples deviennent les tentacules d’une pieuvre insatiable qui se soulèvent, se replient, m’enserrent le dos. Rapidement monte de ton ventre un cri sourd que tu étouffes difficilement. Et puis… un bruissement rapide et soyeux se produit, comme un frottement de tissus. Ou plutôt, comme le bruit des ailes d’un papillon qui s’envole.
Tes jambes se crispent et je vois tes orteils qui dansent une curieuse gigue frénétique. Ta chatte se resserre sur moi. Tu jouis sans retenue. Tes orteils en témoignent.
Et tu en redemandes, gardant les yeux fermés lorsque je retire le masque. Et tu en redemandes, quand tu me repousses sur le côté pour me grimper dessus. Et tu en redemandes quand tu me présentes à quatre pattes ce cul superbement dessiné sur lequel on voit encore la trace blanche laissée par le maillot de l’été. Nos corps se sont adoptés dès la première minute et se sont parlés comme ça pendant plusieurs heures. Au présent. A l’imparfait. Au conditionnel. A l’impératif. Comme si une nuée de papillons de nuit avait envahi la pièce. Tu as étouffé à chaque fois tes gémissements dans mon épaule, dans les coussins. Je me suis laissé aller en toi, profondément, pendant que tu m’enserrais les fesses de tes petites mains puissantes. Comme pour me retenir. Je sentais les palpitations saccadées de ton vagin.
Le temps s’est suspendu. Je t’ai détachée. Nos cœurs et nos souffles se sont lentement apaisés. Mais le moindre mouvement de ma part provoquait des soubresauts en toi et des petits cris. Tu es comme tétanisée du minou. Ça a été très sportif. On a regardé un peu le bordel ambiant. Le lit a reculé d’un bon demi mètre sous nos assauts.
On a rallumé la lumière. On a discuté un peu. On s’est marrés. Vraiment. Tu irradiais le bien-être. Tes yeux coquins luisaient de plaisir. Comme on avait la dalle, on a installé le pique-nique sur ce vieux bureau Empire patiné. On a cassé la croûte avec du bon vin et mis des miettes partout. Et puis, pendant que je te lisais un texte érotique, tu t’es penchée sur moi en descendant. Suçotant un téton. Léchant mon ventre. Jouant de ta bouche et de ta langue sur mon sexe dressé pour souligner la ponctuation, m’engloutissant pour les paragraphes. De ta crinière bouclée s’échappent deux yeux malicieux qui me fixent. De temps en temps tu me relances une question ou m’invite à continuer en quelques mots simples et efficaces alors que je tente désespérément de garder un ton à peu près égal pendant la lecture…
Froissés, on s’est rhabillés plus chaud pour enflammer et inhaler un peu de produits cancérigènes à la fenêtre, un verre de pinard à la main. Tu t’es blottie contre moi. On était vraiment bien. Dehors, les quelques passants ne pouvaient pas deviner la poésie de cet instant. Les vieilles pierres. La verdure qui pend. Le silence de la nuit. Ce vent glacial. Ouais, ça caille, on rentre !
J’ai fait couler un bain pour nous réchauffer un peu, mais fallait s’y attendre… on a recommencé à baiser. Ta façon de te cambrer, tes minauderies totalement surjoués et tes œillades coquines ont réveillé mon désir. Ton corps ruisselant m’appelait. Cette fois, c’était plus primal, plus direct. Je t’ai prise contre le mur en soulevant une jambe souple et galbée. Puis tu t’es accroupie pour m’engloutir dans ta bouche sous le jet d’eau tiède. Quand je me suis penché pour te relever, tu m’a fait m’asseoir pour me chevaucher. C’était lent, puissant. L’eau du bain a un peu débordé. Qu’importe. Mais il nous en fallait plus. Plus de sensations encore. Plus de contact direct de peau. Même pas secs, je t’ai repoussé jusqu’à la chambre encore en bazar.
On est allés se coucher. Enfin, on est allés au lit. Le sommeil ne venant pas, j’ai recommencé à te toucher, te caresser. Ta peau a réagi au quart de tour. Les galipettes ont recommencées. Une soif insatiable de corps, de frissons, d’orgasmes nous a réveillés encore une fois plus tard, en pleine nuit. Nuit électrique. Nuit orageuse. Et le matin, c’est moi qui t’ai réveillé encore…
Après un solide petit-déjeuner et un café bien mérité, on est allé boire un verre sur une terrasse ensoleillée. Fourbus, épuisés, cernés, on a papoté. On a causé de choses et d’autres en toute simplicité. Le temps que les bières arrivent, un papillon s’était posé sur la table.

Quel joli texte ! Il a mis le temps pour venir… Mais quelle agréable lecture ! J’y étais
Merci !
(encore…)
Comme quoi, même un mec accouche difficilement.
Tu y étais ? C’était donc toi ?
Comme quoi, un homme sait se faire désirer…
Tu as décidément un talent incontestable pour l’écriture. Merci!
Une seule question : Tu fais quoi ce soir ?…
J’aime toujours autant ta plume
Et ensuite… vous êtes-vous revus ? Ou était-ce une parenthèse enchantée ?
)
Elle donne envie, en tous les cas, cette parenthèse…
Je ne l’attendais plus! Quel plaisir de vous lire à nouveau. Encore encore encore!!!
Il y avait quoi dans l’enveloppe ?
R. : (mystère).
FK : un beau cadeau.
Très jolie histoire, bien contée, mon épiderme a eu des frissons … je ne pensais pas qu’en lisant “cosmo” je vous découvrirai
Tellement de réalisme, de contexte. Le fond, c’est ce qui manque généralement aux histoires érotiques. Celle-ci n’en manque pas. Les infimes détails sont présents à chaque instant, tellement… vrais. On se demande si c’est du vécu. D’ailleurs, c’est du vécu ?
En tout cas, un récit merveilleusement écrit. J’en reste sans voix.
Objetsdeplaisir : merci pour les compliments, mais c’est trop. Oui, comme tous les billets “tranche de vit”, c’est une histoire vécue.
j’adore, j’adore et en plus c’est plein d’humour (petit coup de coeur pour le”ouais, ça caille, on rentre).