In utero (fécondation et génèse)
“Ouais, mec”
On est installés à une terrasse de café, il fait beau mais pas super chaud pour un mois d’août, les bières sont arrivées, les pâtes sont commandées. A côté, ça piaille. C’est strident, rapide, ça rigole. Des nanas parlent de leurs histoires de fesse, et c’est pas franchement de la poésie. Mon pote et moi, on est sidérés, comme d’hab’.
Moi – Non mais franchement, les filles parlent vachement plus ouvertement de cul que les mecs.
Lui – C’est dingue…
Moi – Ouais. Nous on s’en parle pas.
Lui – Tu regrettes ? T’as une proposition à me faire ?
Moi – Mais non, crétin. Je veux dire… on n’est pas habitués, ça me ferait bizarre que tu m’en parles d’un coup.
Lui – Ouais, choure, dioude. (des fois il parce comme ça pour faire staïle mais sinon il est très sociable, faut pas se fier aux apparences).
Moi – Tu vois, la vraie révolution sexuelle c’est quand on fera pareil. Le vrai tabou aujourd’hui c’est la sexualité masculine. Enfin celle des hétéros et des bis, parce que les gays j’ai l’impression qu’ils ont un grand temps d’avance sur l’ouverture, dire ce qu’ils ressentent, ce qu’ils pensent, ce qu’ils aiment…
Lui – Ben les ados, ils parlent de cul tout le temps, eux ?
Moi – Ouais mais non, c’est des bravades pour faire les fiers, y’a zéro sincérité. C’est comme se branler dans des lieux étranges ou montrer son cul en public : à cet âge là on le fait tous parce que c’est marrant. Pas parce qu’on en a spécialement envie.
Lui – En fait il faudrait qu’on lâche prise avec nos histoires d’égo. Parce qu’entre nous on sait bien qu’on va faire les fiers, le concours de quéquette, la comparaison de celle qui te fait les trucs les plus kiffants. Mais on ne se dévoile pas, on ne raconte pas ce qu’on ressent, ce qu’on aime, ce qu’on voudrait faire, ou pas faire.
Moi – Ben on n’est pas habitués : un mec ça doit faire la preuve de sa virilité tous les jours, et les codes sont stricts. Boys don’t cry, mec, rien que pour commencer. Faudrait qu’on nous apprenne à extérioriser l’émotion alors que la société ne valorise pas ce genre de comportement. Et pas en causer qu’en privé : à la terrasse d’un café, avec des voisins et des passants qui entendent tes histoires de fellation et de courbatures à l’aine, donner les poils coincés entre tes dents à la boulangère, demander à ta concierge si les capotes pleines ça va dans la poubelle jaune avec le plastique ou verte pour les déchets organiques.
Lui – Putain, là si on arrive à ça, c’est qu’il y aura eu du changement !
Moi – Ouais.
Lui – Mais t’es prêt à assumer tout publiquement, toi ? Devant tes collègues, ta mère, ta meuf ?
Moi – Et ta sœur ?
Lui – Bon, OK, donc la révolution on se la taille en pointe ? J’ajoute un tube de KY on je laisse tel quel ?
Moi – En fait ce qu’il faudrait c’est la jouer franco mais rester anonymes. Le blog tu vois, c’est vachement bien pour ça, et puis ça peut inciter d’autres à se lâcher. L’important c’est de dire comment nous, on voit les choses.
Lui – Ah ouais, grave ! Et pour serrer ça peut le faire aussi, méchamment même ! Genre t’es le couillu qui ose ouvrir son boxer à tous les vents ! Genre t’es celui qui dit qu’il a des états d’âme !
Moi – Super, et tu fais comment pour serrer si t’es anonyme ?
Lui – Ah ben… ouais…
Moi – Et puis c’est pas qu’au niveau de la ceinture que ça se passe. La meilleure zone érogène, c’est quand même le cortex.
Lui – Ben justement, ça aussi faudra détailler, mec.
Moi – En fait faut parler franchement, mais aussi raconter les trucs qui foirent, les petites bassesses, les petites hypocrisies, les gros complexes. Le quotidien. Un peu comme fait Ioudgine.
Lui – Et mettre un peu de culture, comme Agnès Giard ?
Moi – Ouais. Mais faut aussi rester simple et c’est pas évident. Le pire, c’est les blogs pseudo libertins de mes couilles qui font des trucs vaguement intellos mais loin de la réalité. Ca me fait penser aux types qui vont voir des pièces moldaves mortifères imbitables dans des mises en scène épurées et qui se sentent obligés de trouver ça bien parce que c’est censé être de la culture.
Lui – M’en parle pas. Les blogs bobos proto SM et libérés avec des photos soit-disant érotiques ça me débecte. La vie c’est pas comme ça. Le sexe, c’est que du bonheur. Ca sent. Ca transpire. La baise c’est plus brut, c’est plus simple, c’est plus…
Moi – C’est plus, voilà. Y’en a marre du porno chic et du cul intello, du sexe triste. Le sexe c’est quand même la vie, les pulsions c’est autre chose que de la guimauve. Et c’est pas obligé d’être vulgaire et cradingue. Il y a de l’humour, de la poésie. On ne dira jamais la poésie qu’il y a dans une croupe offerte ou une main au panier. Le cul, c’est beau et c’est bon. Et garde l’idée de “queue du bonheur”, ça peut servir.
Lui – Bon, alors tu te sens de raconter ça ? Je te sens enthousiaste.
Moi – Peut-être, mais ça ne va pas être facile. En fait je crois que j’ai besoin de raconter la vie d’un porteur de couilles. Et toi, ça te dirait ?
Lui – Moi aussi je t’aime.

<3
Et moi qui croyait en effet que les mecs parlaient vachement plus cul que les filles, vu que je joue trop souvent le rôle de la dévergondée qui parle tout le temps de cul…
Merci pour ce blog, en attendant, c’est en effet que du bonheur de lire ce style très agréable, ces histoires qui ne victimisent ni n’héroïsent l’auteur ou le narrateur (parfois un doute m’étreint, voire m’habite) et ce point de vue masculin sans fanfaronnade.
Bonne continuation !
Ça me fait bien plaisir de pouvoir ajouter ce joli point de vue masculin au milieux des blogs féminin que j’aime lire…
Pour ma part je parle de cul… avec mes amis filles (dont pas mal commencent seulement à s’ouvrir sur le sujet vers la trentaine), avec quelques amis mecs (mais si on s’attarde trop ça fini par devenir un peu excitant et parfois gênant) et avec des amis gays (et là c’est sans tabou et c’est doublement intéressant car ils me donnent à la fois le point de vue du mec et le point de vue de la personne qui couche avec un mec).
Bonne continuation !
une nouvelle lectrice (mais où sont les lecteurs ?)
Suz : les lecteurs commentent peu, mais il y en a. Timides, peut-être.
Je suis bien content d’être tombé sur ton blog. Il permet effectivement de fuir tous les sites et pseudo blogs qui ne font qu’effleurer le sexe et susciter le buzz sans pour autant rentrer dans le “dur” de l’amour physique. Dans tes textes, je retrouve les sensations que je peux éprouver pendant mes ébats, mes sens se réveillent à nouveau. Pouvoir reporter ses propres sensations sur les lignes d’un auteur comme toi permet de s’apercevoir que le sexe narré, le vrai, existe.
Je viens de découvrir ton blog et je n’ai qu’une chose à dire… Bravo!
Ca fait plaisir de lire le point de vue d’un homme qui sait prendre et donner du plaisir et le décrire d’une façon à donner envie lol
C’est vrai que les filles parlent beaucoup de cul… peut-etre c’est même un peu trop. Une confidente est suffisante quant à moi donc pour les hommes qui lisent, nous ne sommes pas toutes sans pudeur. Avant tout, c’est par respect pour le partenaire que je ne divulgue pas tout à mes copines comme elles le font! En revanche, je suis sans pudeur pour parler de mes sensations avec mes amies mais comme j’ai dit, le partenaire reste “à moi”
Encore merci
Tout à fait d’accord avec La Nordique, te lire donne envie =)
Et tu t’es surement demandé pourquoi tu avais plus de visites depuis quelques jours, et bien une fille a parlé de ton blog dans le magazine Glamour. Enfin moi c’est grâce à ça que je l’ai connu, les autres je ne sais pas.
J’ai dècouvert ce blog grâce à Glamour.
C’est le premier blog qui parle de cul que je lis et que je revisite souvent. J’adore. Je trouve que c’est très bien écrit, sans tabou mais sans que ça tombe dans le vulgaire pour autant.
C’est vrai que nous les filles (femmes) lparlons facilement de cul. Enfin, pour ma part j’en parle même si je ne suis qu’une ado, et cela ne me gêne pas.
Bonne continuation !
Glamour, pareil.
Je lis avec avec plaisir les anciens posts que j’ai ratés
En découvrant ce blog, j’étais un peu suspicieuse, je craignais de tomber sur le énième guide de la drague par un type aussi inquiet pour sa virilité qu’ignorant de ce qu’est le sexe de tous les jours, avec des hommes/femmes qui ne sortent pas des magazines féminins. Et puis j’ai découvert ce que je cherchais, et que je ne trouve que dans quelques discussions privées avec des amis proches, c’est-à-dire ce que vit un homme, ce qu’il comprend des femmes et ce qu’il ressent. En gros, tout ce que l’on ignore depuis que la femme est devenu le centre du monde (et des médias).
Coucou!Je viens de découvrir ton blog (Merci Glamour;-),et la sensation est similaire à la découverte d’un super restaurant, ou d’un magasin génial: on ne connaissait pas, et maintenant qu’on connaît on a envie de tout voir, de tout goûter, bref de fureter partout. J’aime ton écriture, réaliste et sensible, crue, mais élégante. Et comme à la sortie d’un super restaurant, je peux te lancer joyeusement: Je reviendrai!
A bientôt,
Roxane.
Oui, c’est vrai, te lire donne envie… je vais pas tarder à m’y remettre tiens !
Je viens de découvrir ce blog, que je lis et relis avec beaucoup de plaisirs: c’est très, très bien écrit, direct sans jamais être vulgaire. Un blog qu’on ne lit que d’une main..