Dans la série des trucs qui ravivent ou pourrissent la mémoire, la musique est quand même un putain de classique.
Il y a les slows de notre adolescence. A l’heure des boums et des premiers émois hormonés, on cherchait celle qui laissait bien du temps pour profiter de l’autre avec ses mains et pour lui rouler la galoche du siècle. A la fraîche. Ouais, mets November Rain des Guns, elle fait 9 minutes, mec ! C’était d’ailleurs le gros avantage des rockers sur les rappeurs : les vraies bonnes chansons pour pécho. Tout en jouant à fond la carte de la rebellitude. C’est marrant, ça, d’ailleurs, les slows ont disparu.
Il y a des couples qui ont leur chanson fétiche. Celle qu’ils passent à chaque anniversaire de mariage. Ils se sont connus dessus, ou ils ont fait l’ainé dessus, ou ils l’ont écoutée en boucle en partant en vacances. Évidemment, dans le lot, y’a des titres qui ont parfois super mal vieilli. Je me souviens du mariage (tardif) de la mère d’une amie. Le gâteau a déboulé sur la musique de Champs Elysées, et les mariés de fraîche date ont commencé la première danse là-dessus. Bizarrement, et même si ça date de quelques années, je n’arrive toujours pas à me figurer à quoi ressemblait la nuit de noces après cet attentat sonore…
Il y a les chansons qu’on s’échange. Les spéciales dédicaces. Les cassettes audio, les disquettes MIDI (ouais, je sais, ça c’est quand même du lourd), les CDs gravés de compilations dédiées (le fin du fin : faire la jaquette, j’avais même fait tout une série thématique), les clés USB bourrées à craquées, les liens vers des clips Youtube balancés en chat Facebook… Les goûts musicaux sont un excellent moyen d’entrer en contact, ou de faire le tri. Ah ben t’aimes ça ? Non, c’est pas possible pour moi, là… MySpace l’avait bien compris. Spotifuck aussi.
Il y a les playlists que tu prépares pour les moments torrides, pour accompagner les mouvements des corps. Pour faire monter la sauce, ou pour créer un mood. La pornophonie, c’est l’art de la chanson suggestive, côté titre, côté paroles, ou côté son. Je me souviens avoir fait des chats entiers composés uniquement de titres évocateurs avec une pornophone, on faisait de la surenchère pour déclarer notre désir et susciter celui de l’autre, à base de Sex machine et autres All night long.
Y’a les chansons que tu peux plus voir en peinture. Parce que c’est lié à une rupture, à un moment pas très sympa comme tomber sur ta nana avec un autre ou la chanson que tu écoutais quand t’as appris son décès. Ou alors tu la détestes parce que c’est lié à un souvenir particulier heureux (un voyage, une soirée, un CD reçu en cadeau…) mais avec une personne que tu ne peux plus voir. Certaines chansons, comme ça, sont pour nous complètement associées à une personne. J’en ai quelques-unes comme ça en stock. Comme tout le monde. Tomber dessus, ça pique les oreilles et ça fait mal au ventre. Comme une envie de vomir. Comme de la bile qui imprègne tes cellules. Pauvres artistes, s’ils savaient comme parfois on les hait…
Là où c’est chiant, c’est quand la chanson est un super classique qui passe très souvent à la radio ou en boîte. Ça te rappelle à chaque fois des trucs douloureux. Idéalement, à un moment où tu ne t’y attends pas, comme un anniversaire (et même si possible, le tien) ou dans un restau à la Saint-Valentin (va expliquer à l’actuelle que c’est une vieille histoire qui d’un coup te fait tirer la gueule), une fête chez des potes alors que tu en pleine conversation avec ce que tu espères être la conquête du soir, ou en séminaire de boulot avec tes collègues qui croient que t’aimes pas les animations débiles qu’ils ont inventées.
Une chanson a eu pour moi un rôle particulier. C’est pas du tout ma chanson fétiche, même pas une chanson que j’aime bien, mais elle a été omniprésente dans un épisode perso. Un jour, je descends au bistro d’en bas, j’attrape un journal, je m’accoude au zinc, et sans regardé, je dis “Bonjour, tu me fais un expresso bien serré ?“. J’entends un “Bien sûr !” mais… c’est pas la voix du taulier, c’est une voix féminine. Je lève les yeux. Oh putain. Oh putain ! Oh putain, je veux dire, quoi, merde ! Un grand ange blond tient lieu de nouvelle barmaid, et cette sorte de naïade gaulée de la mort me tourne presque le dos. Sacrée chute de reins. Fiou, les jambes. Elle se retourne et me tend mon café en souriant. Oh bordel. Oh Bordel ! Oh bordel, je veux dire, quoi, merde ! Sourire ravageur avec lèvres généreuses, deux trous donnant droit sur l’azur, une gravure de mode.
Elle me fixe bien dans les yeux. Vertige. Nous sommes soudain seuls au monde. Le temps suspend son vol, les secondes durent des heures, je vois chaque pore de son visage. Tout ce qui n’est pas elle est dans le brouillard, même mon voisin de comptoir à qui je mets régulièrement la branlée aux fléchettes. J’ai le palpitant qui s’emballe. Une bouffée de chaleur monte de bas en haut. Quand elle atteint la nuque, j’ai une explosion de bien-être qui commence à sillonner chaque veine. Les usines à dopamine out dû ouvrir une nouvelle ligne de production, là.
Et je sais exactement ce qui se passe. Je l’ai déjà vécu. J’ai un coup de foudre. Et je suis tétanisé. Une seule chose venant de l’extérieur est perceptible. C’est une chanson, car la radio est allumée, mais pas trop fort. Malgré les bruits de verres, les rires, les conversations, les chaises, je n’entends que ça, comme si j’avais un filtre naturel dans les oreilles. Je ne le sais pas encore, mais ce sera un des tubes de l’été.
J’ai rapidement invité la nouvelle barmaid à dîner, elle a accepté, et on a vécu une chouette histoire passionnelle. Mais c’est la chanson qui est intéressante. Elle a joué le rôle de toile de fond. Je ne sais pas comment, mais à chaque fois que j’entrais dans le bar, c’est cette chanson qui passait. Celle-là, et pas une autre. Des fois, y’a des clients qui m’avaient pas vu mais qui connaissaient la jolie idylle qui se mettaient à regarder la porte, s’attendant à me voir arriver. En boîte, on est tombés dessus. En bagnole, elle passait à la radio. C’était complètement obsédant.
La chanson a mal vieilli, elle a un côté complètement ridicule aujourd’hui. Elle, elle s’est mariée. Pour la naissance de la petite, j’ai envoyé un petit quelque chose. Et puis dans l’enveloppe, j’ai glissé un petit truc pas bien épais. Un vieux single.
Proposition indécente
Category Ouais, mec
La Peste a récemment jasé sur la proposition sexuelle. Le hic, c’est qu’elle a choisi la position de la réception. Comment réagir face à la proposition. Alors j’ai proposé de parler de comment faire une proposition indécente ?
C’est cliché, si on regarde ça de manière brute : l’homme propose la femme dispose. Hopopop, je t’arrête tout de suite. On va aussi la tenter switch, échanger (message de service : la balle est dans ton camp).
Bon, on supposera pour les besoins du problème que les deux, le gars et la fille, se connaissent déjà un peu. Entre quelques années et quelques heures.
La course de fond : la travailler au cours, pendant des heures, des jours, des mois, des années. Entretenir le mystère sur ses intentions. Y aller crescendo. Là un regard appuyé. Ici un mot à peine déplacé. Là un contact corporel. Ici une situation ambiguë. Et puis quand finalement tout est prêt, passer au point d’orgue en toute simplicité, en quelques mots. Si elle n’a rien clarifié depuis le début, c’est soit elle est partante, soit qu’elle pense que t’es juste un pote. Tu pourras toujours te prévaloir de l’avoir eu dans le viseur très nettement. Attention à la chute quand même, surtout si tu penses faire un calcul de retour sur investissement.
Le timide maladroit : bredouiller, commencer des phrases ou lancer des sujets et s’arrêter en cours, lui renverser des verres dessus (pas trop non plus, hein, la facture de teinturier qui grimpe n’est pas très glamour), rougir quand on dit un mot ou une expression à double sens, avoir les mains fébriles, tout ça tout ça. En gros, montrer qu’on en pince, et que l’attirance est physique. C’est marrant jusque vers 16 ans, après elles nous préfèrent plus dégourdis. Mais il peut arriver un moment où on ait cette attitude, même plus tard. Le truc c’est de rapidement changer de casquette. Sinon on attire des mamans par intérim qui prennent soin et montrent le chemin. Adorable mais infantilisant.
Le romantique : le cadre sympathique, ou la promenade sympathique, l’approche tout en douceur, quelques petites attentions pour enrober (pas grand chose, un joli geste, un menu présent), quelques compliments. Oui, elle a pigé, tu en veux à son corps mais elle se laisse faire parce que c’est charmant. Elle peut même te le faire remarquer. Quand on est (déjà) amoureux et un peu délicat, ça vient tout seul. Oui, elle voit les étoiles dans tes yeux et la lunette de l’observatoire qui point un peu plus bas, tu peux revenir sur terre. Si elle dit non, tu peux prendre un air attristé. Ou l’être vraiment. Et tu pourras passer avec grâce dans la case à la con du mec sympa / copain gay : on t’aime bien mais on couche pas avec toi.
Dans le doute, on sait jamais, sur un malentendu : faire un pari, tenter le tout pour le tout, sans trop y croire. Lancer une pique au milieu de la conversation. Et sinon, on coucherait pas ensemble ? Tu sais que t’es super bandante ? Oh, il a fait ça, mais il sait pas si prendre, tu veux qu’on essaye toi et moi ? On tournerait pas un porno, toi et moi ? Brutal, surtout si ça tombe de nulle part. Il vaut mieux quand même garder une solution de repli. L’humour, le rire un peu forcé, la surdité soudaine, une brusque passion pour cette tâche au mur là-bas, ou une fuite éperdue dans la nuit noire pour aller se cacher au fin fond d’une yourte en l’Ouzbékistan, bien souvent.
L’artillerie du gros lourd : regards lascifs, langue langoureuse, œillades dans le balcon et sous la ceinture, sourire enjôleur ultrabrite, faire péter les signes extérieurs de beaufitude façon mac marseillais des 70’s, prendre une pose qui met en valeur son anatomie, et susurrer : alors, toi et moi, on se ferait pas un p’tit câlin ? Évidemment, ça marche uniquement si on a un minimum d’arguments physiques, le gringalet aura du mal à la jouer macho übersexuel. Et puis il faut espérer qu’elle ait de l’humour, très faim, ou qu’elle soit particulièrement conne. Parce que le style Aldo Maccione a un peu passé, quand même.
Avec (un peu) de classe : depuis le début, entretenir une tension sexuelle et un petit malaise. Des silences trop longs, un sourire appuyé, un regard. Surtout garder un peu ses cartes cachées. Adopter l’attitude du chaudron qui bout mais se contient, mais ne pas mettre de mots. Lancer une invitation qui peut être interprétée. Ne pas se vexer si ça ne prend pas. Ça peut ressembler au romantique mais c’est moins cucul, ça peut virer au gros lourd pour une question de code toute bête.
En copain : en gros, y’a pas de mal à se faire du bien. L’argument principal, c’est qu’on se connaît déjà, c’est un prolongement de la sympathique qu’on éprouve déjà. La fameuse amitié garçons-filles en prend un petit coup (elle aussi), donc personne n’y trouvera à redire puisque les filles n’y croient pas. Pour la consoler. Pour se consoler. Pour la déconne. Parce qu’on est bourrés, défoncés, dans un cadre qui va bien, anciens amants (le fameux “tu t’souviens du bon vieux temps“). C’est plus facile de dédramatiser un refus.
Passe devant je te suis : c’est du reverse engeneering. Tu pars du moment où c’est elle qui te fait la proposition, et tu remontes la file des événements successifs qui mènent à la situation où elle croit que l’idée vient d’elle. Là, ça demande des capacités d’analyse et de stratégie très balaises. Et ça foire. Parce qu’en général, les réactions sont jamais celles qu’on avait prévues. Ou y’a un personnage qu’on n’avait pas prévu dans le scénario. Ou ça réclame des moyens hors de portée (en argent, en temps). On peut attendre longtemps que les étoiles soient alignées, et même voir défiler d’autres prétendants.
La proposition qu’on enferme à double tour à l’intérieur : elle est canon, mais on n’osera pas, pour un tas de raison. Trop high level, mec, elle est pas pour toi, elle sait même pas que tu existe, t’as carrément pas le niveau ni les outils. Garde en tête que si tout le monde pense pareil, ça signifie qu’au final elle ne croule pas sous les demandes… Le culot, parfois, ça paie. Ou alors c’est trop risqué, trop compliqué. Elle est déjà prise, et pas qu’un peu (avec un solidement implanté, ou plusieurs qu’elle gère de main de maître). Ou alors c’est ta boss. Ou une cousine (lointaine, mais quand même). Ou ta propriétaire. Ou sa fille a ton âge. Ou t’as déjà couché avec sa fille. Ou sa sœur. Ou sa mère. Ou son frère. En gros c’est tentant mais tu n’y crois pas une seconde. Et c’est vrai que… non, vaut mieux oublier.
Vous en connaissez peut-être d’autres.
Bon, La Peste, on inverse maintenant ?