Posts Tagged ‘doigt’

Je reprendrai bien un finger

Posted 07 sept 2010 — by Alexandre Silenus
Category Tranche de vit

Aujourd’hui, tout est digital, alors parlons d’un appendice que nous avons tous (sauf accident grave, hein, bien sûr), en quantité (Django un peu moins), quel que soit notre sexe, qui ne mollit pas, que nous sollicitons énormément et qui ne demande qu’une logistique très légère, j’ai nommé les doigts.

Mais puisque c’est aussi la saison de Master Chef,on parlera un peu plus loin de l’assaisonnement. Les doigts ça peut être baladeur, et surtout ça permet des réveils du genre taquin si on a l’esprit mécano, toujours les mains fourrés dans les mécaniques. La masturbation n’est pas forcément un acte solitaire, n’est-ce pas mesdames et mesdemoiselles. Et puis ça peut même commencer à travers les vêtements.

Si le mec se sent la patience de se lancer, jouer des doigts c’est un peu l’équivalent d’un bon coup de manivelle sur une vieille Juva 4 pour que le moteur de la belle au bois dormant démarre dans de bonnes conditions de chauffe. Surtout si la personne en question n’est pas encore disposée (elle dort, elle remplit la feuille d’impôts, elle en est à sa deuxième heure au téléphone avec sa mère ou sa meilleure amie dépressive). C’est même une manière agréable d’entendre d’autres sons avant le “grmbl ‘jour” traditionnel. Ca donne des rires parce que ça chatouille, ou des trucs plus rauques ou aigus.

Les doigts, ça sert à faire des cochoncetés avec la camarade de jeux dans les lieux publics, pendant les dîners longs et chiants chez mémé, et même au bureau. Et puis il y en a plusieurs, c’est très mobile, c’est indépendant, on peut leur imprimer des mouvement hyper variés, on peut les combiner, en rentrer plusieurs, ou en mettre dans les deux orifices les plus rapprochés. En gros, c’est génial de simplicité et de souplesse. Il y a quand même des abrutis qui vendent des vibros en forme de doigt alors que des doigts, on en a à l’œil !

Côté assaisonnement, c’est à ce moment-là qu’il se passe un truc. Il y a des filles, c’est difficile à dire pourquoi et comment alors ne me posez pas la question, qui sentent bon du minou. J’ai jamais su comment ça se passe et d’où ça vient exactement, mais quand elles sont excitées elles produisent une cyprine agréablement odorante et même des fois goûteuse, ça peut aller du sucré au salé, c’est plus ou moins fort. Message à celles qui voudraient bien faire : laissez tomber les histoires de parfums intimes et oubliez l’eau de cologne (à cet endroit, ça devient du napalm !), hein, je parle de sécrétions naturelles.

Et quand les doigts sont allés explorer un peu ce qui se passe dans l’entrecuisse, en surface ou en profondeur, il reste quelque chose de cette odeur dessus.

Là aussi, magie de l’alchimie, qui se joue dans le mélange de phéromones, des fois un doigt visiteur, ça fini par sentir carrément bon. Une sorte de fragrance suave mais qui a des relents de barbe à papa chaude. Ouais, carrément. Enfin, sur moi des fois ça fait ça. Cette réaction est imprévisible parce que ça dépend aussi de la peau de celui (ou celle, hein, faut pas être sectaire) qui utilise ses doigts. C’est exactement comme le parfum : sur une peau, parfois ça vire et c’est juste ignoble, parfois c’est sublime. Parfois ça reste, parfois ça s’évapore vite. Y’a pas de justice.

Mais quand ça sent bon et que cette odeur là, elle dure, j’aime bien la garder. Toute la journée, si la mano a fauté le matin, le lendemain si elle s’est amusée le soir.

Proust avait sa Madeleine, moi j’ai mes doigts à chatte. C’est le genre de sensations qui me mets en joie avec une pointe de nostalgie. Chacun son truc. Dans le métro, au restau, pendant une partie de poker, au boulot, au tennis, en réunion, pendant un appel, des fois je me gratte une narine avec insistance ou je me frotte la moustache avec un mouvement latéral (comme la brosse à dents, mais sous le nez) de la main droite juste pour pouvoir profiter avec émotion et en toute discrétion de cette odeur entêtante. Ca rappelle des souvenirs du matin coquin ou de la nuit torride. Ca réconforte. Ca fait patienter jusqu’au soir. Ca laisse rêveur. Ca excite. Ca oblige à se concentrer. Ouais, aussi.

Mais pour pouvoir continuer ce genre de petit manège assez longtemps dans la journée, il faut ruser un peu. D’abord il faut éviter de se faire gauler en mettant sa main trop près du nez de quelqu’un d’autre, sinon ça risque de faire jaser. Surtout si la personne reconnaît l’émettrice de l’odeur ou si elle demande un blind test à toute l’assistance. Ambiance garantie. Encore plus si la personne découvre qu’il s’agit de sa femme.

Et puis il faut changer de main pour éviter tous les trucs qui risqueraient de venir emporter l’odeur ou la dénaturer : prendre un fruit (la peau des fruits est très odorante), se moucher, se laver la main après une opération qui le nécessite (genre uriner), serrer la main de quelqu’un (va esquiver ça, tiens), fumer, essuyer la transpiration sur son front, lire un journal gratuit (l’encre est pourrie), ramasser des grains de sucre en appuyant du doigt dessus, passez une éponge… On se rend pas compte mais y’a des pièges olfactifs partout et il faut être hyper vigilant si on veut garder ses doigts intacts.

Alors que je suis en train de gamberger sur ce billet très nawak pour lui trouver une chute, un collègue est arrivé.

- Salut !

- Salut.

Il va dans la salle d’à côté, appuie sur une touche, puis une autre, un bruit de scie circulaire indique qu’un café pas bon mais gratuit se prépare.

- Il reste des biscuits du pot d’hier soir, t’en veux pour aller avec ton café ?

- Ah c’est sympa, ouais, je veux bien, merci.

- Sers-toi.

Il me tend l’emballage de l’assortiment, bien entamé.

- Tiens, je reprendrai bien un finger.

Je pose mon café et prends un finger. De la main gauche. Je souris.