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Bit generation

Posted 15 oct 2010 — by Alexandre Silenus
Category Sex.net

A une époque j’écrivais des lettres d’amour. Des lettres de rupture. Des lettres de regret. De longues lettres, à l’encre, sur du papier blanc pur. Souvent, ça prenait plusieurs feuilles. C’est allé jusqu’à 12 je crois. Et puis le numérique arrive. Internet avec le bon vieux modem qui crachouille un bruit de connexion et premières boîtes e-mail, téléphone mobile avec écran cristaux liquides et SMS, messagerie instantanée. On continue d’écrire, mais c’est différent. C’est pas moins bien, c’est… différent. Plus court. Plus direct. Plus percutant. C’est des correspondances de l’instant, pas de la journée. La lettre, elle vient avec le facteur. Le SMS c’est en quelques secondes.

On continue aussi à écrire sur du papier mais moins.

C’est pas le cas de tout le monde, mais moi je garde des traces. Comme ça. L’âme du collectionneur, le fétichisme, l’envie de figer le souvenir dans un truc concret (même si c’est pas toujours très matériel). J’en sais rien.

Au point de garder de vieux modèles de mobiles déglingués pour les SMS qu’ils contiennent. L’écran est parfois devenu capricieux. Souvent, la batterie ne tient pas plus loin que le temps de s’allumer si j’ai pas le cordon ombilical. Les touches sont défoncées. Pas grave.

Au point de garder les e-mails. Surtout qu’aujourd’hui l’espace de stockage n’est plus une barrière. Je garde des trucs envoyés, des réponses, et des trucs jamais partis. Pris d’un doute, le doigt a ripé. Ou alors je relis et me dis que c’est juste trop con. Ou alors j’imagine comment ça peut être pris et… ben vaut mieux pas. Je garde des doutes, figés dans le formol du temps.

Au point de garder d’autres traces numériques. Y’en a pour se plaindre qu’on n’écrit plus. Sur du papier, ouais. Mais ailleurs, si, un max. Le truc c’est que c’est brouillon, éparpillé, un peu oublié, mais pas perdu. Bon, les vieux statuts Facebook, on s’en fout un peu même si ça marque une histoire. Sauf des fois pour les commentaires qu’il y a autour et qui méritent le détour. Mais pour retrouver, remonter le courant du temps, Facebook c’est nul. MySpace vaut pas mieux, Twitter vaut mieux pas en parler.

Par contre, les réseaux sociaux, c’est vraiment un truc pourri pour autre chose : surveiller les ex. Avant, quand ton ex sortait avec quelqu’un d’autre alors que t’avais pas enterré la hache de guerre, t’étais pas obligé de le savoir. Maintenant, tu peux si son profil est public. Tu devrais pas, mais c’est tentant. Et tu le fais. Tu regardes les statuts, les photos récentes, les nouveaux amis ajoutés, les applications… Et ça fait mal. En plus, Facebook est tellement bien foutu que même si quelqu’un a mis son profil en privé, s’est retiré du moteur de recherche, t’a viré de ses amis, mais que t’as gardé une invitation à une appli à la con genre “quel amant es-tu”, et ben tu peux quand même voir sa photo de profil et accéder au truc minimum (la photo en grand, la date de naissance, envoyer un message, ajouter comme ami). Et l’autre peut pas retirer son invitation.

Du coup t’es là à regarder si la photo du profil a changé, si sur les nouvelles elle sourit ou pas, si y’a quelqu’un derrière ou à côté, si c’est un mec que tu connais, si c’est une photo très officielle parce qu’elle cherche du taf ou un truc plus détendu parce que c’est réglé. Putain de gamberge… Ça n’aide pas du tout à faire son deuil, à tourner la page. C’est une fenêtre sur cour. Pour stalker et foutre le boxon dans les groupes d’amis, y’a pas mieux. Pour alimenter la machine à scénarios et à rumeurs non plus.

Quand quelqu’un change de statut “couple”, c’est la super foire. Tout le monde se lâche ! Les commentaires des potes et de la famille arrivent : t’as bien fait de te barrer c’était une conne, enfin on va pouvoir s’afficher ouvertement (ta fuck friend), mais pourquoi tu te tapes un boulet pareil, ah donc vos fiançailles c’était pas une blague ?… Et ça aussi, tout le monde en profite. T’avais rien demandé.

Bien sûr y’a les prudents qui n’aiment pas laisser de traces. Par principe. Et ceux qui ont eu de mauvaises expériences. Y’a des trucs qui finissent par rendre prudent.

Mais si nos vieux avaient leurs petites archives personnelles dans des boîtes, nous on a une partie de nos archives en 0 et en 1. Et c’est pas dans une boîte, c’est même pas chez nous. Sauf ce bon vieux mobile et ses SMS en noir et blanc.

J’ai remis le couvert

Posted 13 sept 2010 — by Alexandre Silenus
Category Tranche de vit

L’autre nuit tu m’as appelé. Il était 2 heures du mat’, et comme un con j’ai dit “non” quand tu as demandé d’une voix pas très assurée “je te dérange ?”. Bien sûr que non tu ne me réveilles pas, bien sûr que non ça ne me paraît pas étrange que t’appelles après ce qu’on s’est balancé à la gueule il y a 18 mois. Ca a pété sévère, ça m’a bien bousillé la vie, j’ai mis du temps à m’en remettre, et le pire c’est que j’ai pas gardé de rancune assez forte. J’ai calmé ma colère, depuis le temps.

Donc là, tu me demandes de te rappeler parce que t’as pas de forfait. Pas gonflée, la pintade. Tu as besoin de parler à quelqu’un qui écoute sans juger. Dans mon oreille ça ressemble à “il me faut un pigeon, là, maintenant”. C’est le genre de choses que je déteste accepter de faire, mais que j’arrive pas à refuser. Bingo, tu as touché la corde sensible. Et mon problème c’est que toutes les douleurs que tu m’as infligées, je les ai attribuées à la schkoumoune, aux circonstances, donc finalement je t’ai excusé. Boulet.

La discussion commence coincée, forcément, si on part sur des bases pareilles. On finit par papoter en explosant au passage mon forfait (je vous en prie, mettez ça sur ma note), et puis même on finit par se sourire au téléphone. On se raconte ce qui s’est passé dans ce long silence, enfin, surtout toi. Ta vie est un champ de ruines depuis que tu as perdu ta mère, tu ne fais plus rien de concret, tu gâches ton talent. Et moi je t’encourage.

On a fini par raccrocher. Il faut dire que demain, y’a école. Et demain, c’est un peu dans 30 minutes. Butin de la soirée : j’ai récupéré au passage ton nouveau numéro de mobile. Blessés de guerre au tableau : mon amour propre parce que j’ai l’impression de revenir sur ma promesse d’effacer notre belle histoire passionnelle et fusionnelle. Il y a des épisodes qui devraient balayer la vie en rose.

Quelques jours plus tard, tu appelles en panique, avec ton vieux c’est l’enfer et tu veux que je t’héberge pour la nuit. Une voix hurle quelque part dans ma tête “mais t’es un grand malade tu vas replonger comme un bleu”, une autre annonce froidement “vas-y comme ça tu seras déçu de la revoir et ça te coupera l’élan de ta machine à te faire des films”. Et une autre plus suave murmure quelque chose comme “tu te souviens ?”.

Bordel, je me souviens, ouais. Et pas qu’un peu. Des sourires, de la complicité ; et côté fusion des corps, un truc simple et sans questions, des vibrations qui s’accordent sans effort. Un truc puissant qui nous a tenu quelques nuits mémorables et d’autres moments plus courts mais intenses. Des soucis de voisinage pour des questions de volume sonore. Des projets marrants pour expérimenter. Des yeux qui pétillent. Sacrées soirées.

Alors quand tu arrives, parce que finalement j’ai répondu “pas de problème” (ouais, voilà…) et que tu commences à pleurer après quelques verres parce que tu lâches les vannes émotionnelles, tout est prêt. A manger pour deux, à boire, les capotes à proximité du lit mais pas non plus en évidence parce que je n’ose pas vraiment espérer, et moi qui suis présentable. On continue de causer et je finis pas te prendre dans mes bras en signe d’empathie et pour te réconforter. L’erreur.

Je retrouve ta chaleur, ton odeur, tes fluides corporels (là c’est des larmes mais je me prends à espérer d’autres trucs). Je cherche des mots apaisants, des gestes tendres de compassion. Je caresse ton dos, ta nuque, tes mains. L’erreur. Finalement tu chipoteras quelques bricoles dans l’assiette histoire de ne pas avoir le ventre qui gargouille, mais tu n’encaisses pas super bien l’alcool. Le rhum t’es monté à la tête et là tu te lâches complètement. Tu parles, tu parles, tu pleures. Tout sort. Ca tourne.

Cette fois c’est toi qui m’agrippe et te blottis. Tu veux dormir ou au moins t’allonger. Je te propose le couplé gagnant,  couverture & canapé, mais tu ne veux pas dormir seule. “Je t’emmène ?”. L’erreur. Je te porte jusqu’à ma chambre et te laisse un T-shirt qui sera un peu grand pour toi mais évitera les contacts de peau intempestifs. Je te sors une serviette, une brosse à dents (tiens, j’en avais acheté une rose ?). Quelques minutes plus tard tu te colles à moi, te cales contre mon épaule. “J’ai besoin, je peux ?”. Putain. L’erreur.

Je caresse tes cheveux, ton visage.  Tes lèvres, aussi. Trop tentant, trop tenté. “Tu ne devrais pas…” mais je ne te laisse pas finir ta phrase. On s’embrasse déjà à pleine bouche, je sens un téton tendu de la main gauche et rencontre une éponge carrément moite et chaude avec la main droite. Flash back immédiat. Les derniers morceaux de tissu volent. On se retrouve. On se fait plaisir. On se connaît, on se reconnaît, et c’est toujours aussi simple et magique. Dans la foulée tu dis des trucs comme “j’avais oublié” et “c’est bon”. Tes doigts se crispent, tu hurles, tu agrippe, tu me fais mal, tu bouges. Tu vis. Tu jouis.

Ta détresse a laissée la place au plaisir, tu en as manqué on dirait bien. Et je suis content que ce soit moi qui te rappelles ça. Fierté de merde. Moi, comme toujours, je ne parle pas. Pas à ce moment là. Je goute tes intimités. Je te regarde te tordre. Je te prends, encore, on change, tu me laisses faire. Je retrouve ce corps qui m’a fait chavirer. Putain, l’erreur. Ne pas replonger. Cette fois tu prends les commandes. Bordel, tu n’as pas oublié, toi non plus.

Plus tard, bien plus tard, après une longue et rêveuse cigarette sur le balcon, tu es revenue te blottir sous la couette. Je te regarde, tu as les cheveux en bataille, les yeux souriants, la hanche offerte. Tu dis “merci” d’une toute petite voix.

On n’a pas dormi longtemps, et le matin je t’ai fait un réveil à ma manière, comme tu aimais. Jouir avant d’ouvrir les yeux, ça te rendait pas du matin mais ça t’aidait un peu à ouvrir les mirettes. J’ai pris le temps de te caresser, de revoir et de toucher encore ta peau. J’ai été chercher des croissants, mais t’as raison, j’ai fait un café dégueulasse. On ne parle pas beaucoup. Je n’ai pas compris ton regard quand on s’est embrassés avant un “salut” vite expédié.

Le lendemain j’ai voulu prendre de tes nouvelles. Tu n’as jamais répondu ni rappelé.

C’est con, j’avais tout préparé.

J’avais même remis un couvert.