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Le lapin

Posted 08 oct 2010 — by Alexandre Silenus
Category Ras le cul, Sex.net, Tranche de vit

Tu racoles, tu dragues, tu approches en ligne. Les bits s’enchaînent. Le courant passe. Et soudain, ça se précise. C’est même clair. Il est l’heure de filer un rencart, un vrai, dans la vraie vie. Date, heure, lieu, tout est OK, elle est partante. Génial ! Excitation, adrénaline, un peu d’angoisse aussi.

Et puis… et puis non. Personne, nada. Ça fait un quart d’heure que tu poireautes à l’endroit du rendez-vous et tu sens qu’elle ne viendra pas. Allez, donne sa chance au produit, quoi. Mais non, quinze minutes plus tard, toujours pas. Pas un message, pas un SMS, pas un coup de fil, rien. C’est mort. Fait chier.

Pourquoi ? Pourquoi elle a pas tenu sa promesse ? Pourquoi elle a accepté ? Pourquoi a-t-elle changé d’avis ? Qu’est-ce qui l’a empêché de venir ? Et prévenir que finalement elle vient pas, ça lui arracherait la gueule ?

Toi, t’as essayé de savoir en envoyant les signaux de fumée qui vont bien, mais tu parles à un mur. Parce que bien sûr, il y en a qui ne donnent plus du tout signe de vie. La honte, la trouille, le je m’en foutisme, faut deviner. Mais des fois tu finis par savoir. Petite collection personnelle de réponses, quand j’en ai eu. Souvent après avoir insisté.

En fait je déconnais. Tu y as vraiment cru ? Ben oui, si je te file rencart dans un lieu public, ça te laisse le temps de décider ce qu’on fait. Ça n’engage à rien de se rencontrer, au moins pour discuter. Je pensais pas que c’était insurmontable. Merci pour la blague. J’en ai encore mal aux côtes tellement je me suis marré. Tu devrais tenter une caméra cachée, y’a un filon. Allez, adieu.

J’ai eu peur. J’avais pas pensé que la photo que je t’ai envoyée (qui me représente souriant, avec une hache dans chaque main au milieu de corps éviscérés dans une ruelle sombre) était angoissante. Ou alors c’est ce que j’avais tatoué sur le torse qui t’a fait flipper : “J’aime ta beauté intérieure. Surtout ton foie. Cru”. Les filles comprennent plus la poésie de nos jours. Putain d’époque…

Je t’ai pas vu. Bien sûr ! J’étais seul à me cailler les miches en terrasse en plein mois de novembre. J’avais à la main un bouquin, ou un magazine, que je t’ai indiqué. Avec un peu d’avance sur l’heure prévue. C’était toi, celle qui est passée lentement avec la canne blanche et le labrador ? Ah, tu es peut-être passée le lendemain. OK. Tu me prends vraiment pour un con.

Je t’ai vu de loin mais en fait tu fais vachement plus jeune / vieux / branleur / sérieux / moche / pas sympa (choisir la mention). Du coup t’es pas venue voir de près. C’est sympa. En plus quand on a discuté on s’est un peu présentés. On s’est montré nos photos. On s’est posé des questions. Donc a priori y’avait pas de grosses surprise. Faut vraiment lancer un plan Alzheimer.

J’assume pas. Que va penser mon copain / mon voisin / mes parents / ma banquière ? Ah ben fallait y penser un peu avant. Et puis t’es pas obligée de mettre dans ton statut Facebook ouvert à tout ton petit monde que tu vas à un rendez-vous qui peut devenir chaud du calecif.

Ca fout grave les boules, le lapin. Mais y’a un cas très… inattendu. Unique. Enfin, j’espère.

Je t’avais proposé de me rejoindre à la gare avec un sac pour un week-end au bord de la mer, on prenait un verre et tu décidais alors si tu me suivais ou non. Mais tu t’es jamais pointée. Bon, ça arrive. J’étais déçu parce que ça se présentait pas mal et tu me plaisais bien. Pas de nouvelles, bien sûr, pendant quelques jours. Après, la ligne n’est même plus attribuée. OK. Et puis on oublie.

Quelques mois après le lapin, un autre mec que tu croises souvent dans le salon de chat t’envoie un message privé pour te dire : à propos de Bidule, parle à Machine, et bon courage, sois fort. Ah. Suspense. Tu écris à Machine, qui t’annonce qu’elle est une grande amie de Bidule (tu te souviens vaguement qu’elles avaient l’air complices dans le salon de chat) et qui te balance que l’opération du cœur dont elle t’avait parlé (elle avait peur pour la cicatrice sur la poitrine) s’est mal passée. Elle y est restée. Pas sur le billard, mais une semaine après le cœur a lâché. Machine te donne quelques détails pour le prouver : elle connaissait la destination et le lieu, des trucs que t’as dit que dans des conversations privées. Bidule avait prévu de venir ce week-end là, 15 jours après l’opération, mais elle est morte 4 jours avant le rencart. Machine t’indique où elle est enterrée. A elle, je lui ai pardonné.

3615 Ulla

Posted 26 sept 2010 — by Alexandre Silenus
Category Les coulisses de l'exploit, Sex.net

Le sexe dirige le monde, faut se rendre à l’évidence. Et dès qu’il y a du nouveau, t’as du cul qui suit. C’est comme ça, ça fait partie de notre façon d’être humains. Minitel ? Il a décollé grâce aux messageries roses. Support vidéo ? C’est le porno qui a arbitré les formats et fait gagner VHS et BluRay. Caramail ? C’était la drague à tout va sur les chats, le service de messagerie c’était secondaire.

Timothy Leary, papa du LSD (et parrain de Wynona Rider, ça explique quelques trucs) et fouteur de merde mystique et libidineux, avait tout pigé. Chercheur, il a eu accès aux premiers réseaux dans les années psychédéliques des 70s et il savait que si on démocratisait ce genre d’engins, les jeunes s’en serviraient pour des histoires de fesse et de cyber-drague.

Et ben le cul ça a aussi touché très tôt les réseaux sociaux.

Aux débuts de MySpace, c’était facile d’ajouter de nouveaux amis. Hyper facile, même.Vas savoir pourquoi, c’est l’enthousiasme des débuts qui veut ça, doit y’avoir un concours de celui qui aura la plus grosse (collection d’amis). Ça a été un terrain de drague formidable, dans la période où c’est pas encore à la mode et même pas en français, et c’était pas hyper dur de se rencontrer en vrai.

Faut dire que MySpace c’était très bien foutu dès le début : en un seul endroit t’avais un album photo, un profil pour afficher tes goûts, une page personnalisable (bon, des fois le PimpMyProfile à base de gifs animés ça pique les yeux, c’est vrai), et même l’embryon d’un blog. En plus tu sais même qui est en ligne. Moins faux-cul que Meetic et gratos, franchement y’avait pas photo. Ça a été un peu le cas avec Hi5 et Facebook, y’a même des groupes avec des noms très clairs sur l’objectif. Mais c’est moins bien. Twitter je sais pas trop.

Bon, on va pas se cacher non plus, en ligne y’a aussi des sites plus spécialisés, où tu cherches les gens avec des critères vachement plus directs qui se limitent pas au niveau d’études. Les listes sont un peu ridicules, ça fait genre hypermarché de la baise (alors je coche quoi comme envie ?), mais ça fonctionne. Parfois. Alors comme j’ai fait des rencontres grâce à mon amie la souris, sur les sites classiques ou plus pointus, je raconterai un peu et je crée même une nouvelle catégorie de billets.

La drague en ligne a ses codes, mais surtout le plan cul en ligne a ses codes. Des fois c’est marrant de prendre un peu de recul par rapport au “milieu”. Et puis y’a des trucs qui sont intéressants parce qu’ils débutent en ligne. Sans ça, ce serait chiant, ou on perdrait un truc en route.

Donc 3615 Ulla, aujourd’hui, c’est sex.net.