Posts Tagged ‘orgasme’

L’orgasme augmenté

Posted 15 mar 2012 — by Alexandre Silenus
Category Ouais, mec, Tranche de vit

Jouir. Kiffer. Décoller. Le pied. La petite mort. Le septième ciel. Le sommet. L’orgasme.

Pour certain(e)s, c’est un Graal. Pour d’autres c’est banal. Pour d’autres c’est trivial. C’est un peu tout ça à la fois. Il n’y a rien d’écrit, rien de prévisible, rien de programmé. C’est un peu comme une loterie à la fête foraine. Ouais, c’est vrai qu’il y a un super gros lot à gagner. C’est vrai aussi que tous les tickets sont gagnants. Mais entre le porte-clé en plastoc jaunasse et le home cinema, y’a quand même un monde.

Alors il faut explorer. Essayer. Faire durer. Accélérer. Faire la course. Expérimenter. Ouais, parce que tous les orgasmes ne se valent pas.

Le premier est toujours mémorable. Il a une saveur particulière. Il reste en mémoire comme un rite de passage. Dorénavant, plus rien ne sera jamais pareil. Peut-être que le dernier est très particulier lui aussi.

Le premier orgasme simultané a quelque chose de magique. C’est un truc un peu anormal. Mystique. Comme quand quelqu’un finit ta phrase. Ou comme quand tout s’enchaîne merveilleusement quand tu es à la bourre et que finalement tu ne l’es plus. Le concours de circonstance, ça a quelque chose de réjouissant et de suspect, mais c’est un coup de bol qui tombe bien et tu t’en souviens.

Le premier orgasme où tu dis “je t’aime”, c’est particulier aussi. L’état émotionnel, ça change tout, vraiment tout. Et forcément, une communion entre l’acte et la pensée, ça file une dimension nouvelle aux sensations. Tu vis un sentiment d’harmonie, de plénitude. Il y a quelque chose en plus. Quelque chose de particulier qui suspends le temps, et ce temps suspendu n’est pas vécu dans la solitude. Il s’accompagne de petits mots, de jolis gestes, de rires ou de murmures. C’était pas juste de la baise, c’était quelque chose d’engageant. C’était pas juste se nourrir, c’était dîner aux chandelles.

Et puis quand tu es un mec tu découvres d’autres sensations. Il y a des orgasmes que toi seul sait te donner, parce que maîtrisant ton corps, tes sens, tu sais quand accélérer, quand imprimer une pression, quand ne pas ralentir, quand il faut au contraire laisser un peu d’air, quand il faut être délicat pour que le plaisir ne se transforme pas en douleur. C’est une question de dosage très subtil. Certains orgasmes puissants qui arrachent un râle profond et irrépressible ne s’obtiennent que tout seul.

Il y a des orgasmes que ta partenaire peut prolonger en continuant à te donner du plaisir après l’éjaculation, avec ses mains, sa bouche, en continuant à onduler du bassin sur toi ou sous toi. L’abandon est total, tu n’es plus rien qu’un petit corps qui couine, gémit, se laisse faire, fond, pleurniche de joie à moitié contenue et repoussée, à moitié réclamée. L’agonie n’en finit pas pour cette petite mort qui, pour une fois, dure.

Il est possible multiplier les sensations sur différentes zones érogènes de ton corps : les seins, le dos, les cuisses, les mains, la nuque, les fesses… Au lieu d’avoir un très bon soliste qui joue une merveilleuse partition, là, tu convoques tout l’orchestre. L’orgasme prend une dimension nouvelle, c’est tout le corps qui exulte, la sensation post-orgasmique est à la fois plus diffuse et plus chaleureuse. Tu rayonnes de l’intérieur. Tu es un vrai radiateur. Soit le cerveau empli de dopamine s’accorde une RTT improvisée et le sommeil arrive bien vite, soit la fébrilité te rend hypersensible et tu as la chair de poule pour un rien pendant quelques minutes.

Les sensations, ça concerne toute la peau et tu peux les doper en y rajoutant du chaud (sauna, feu de cheminée, soleil…), du froid, de l’humide (piscine, bain, douche, mer…), du vent, de la constriction (emmaillotement, latex, cuir…), de la douleur (pinces, fouets, poids, clous, posture inconfortable…). Un orgasme dans ces conditions particulières joue alors sur les contrastes et cette toile de fond apporte quelque chose de plus.

Tu peux aussi découvrir que la prostate, c’est pas juste un truc qui peut avoir le cancer. C’est une zone intime, et ça n’est pas dans les mentalités collectives qu’un homme fasse entrer un truc en lui. Ce n’est pas dans la mythologie du mec performant, conquérant, dominateur, qui maîtrise la situation. Et ce n’est pas honteux pour autant.

Tu peux apprendre qu’il y a des machines infernales électriques conçues pour donner des orgasmes puissants et même rapides. Pour ça, va voir du côté de Tenga Fliphole ou Fleshlight. Et pour les filles, ça peut même être des orgasmes successifs (Sybian, les redoutables FuckingMachines), mais pour les gars c’est pas possible à cause de la période réfractaire. Ouais, bon, cette période c’est très aléatoire. Parfois, même un gars, ça peut recommencer presque tout de suite. C’est pas courant mais ça arrive.

Pour pimenter la recette, tu peux mettre d’autres ingrédients. Des épices. De la sauce. Des substances. L’alcool prolonge la montée du plaisir, mais mal dosé ça peut surtout briser les élans. L’orgasme a quelque chose de salvateur, il étourdit définitivement. Les fines herbes, ça fait à peu près le même effet, il vaut mieux ne pas en abuser sinon. Et puis si tu vas voir du côté de la blanche neige, des champignons magiques ou des timbres, tu découvres l’hyper-orgasme et tu te rends compte que ton échelle orgasmique est à revoir entièrement. Là où tu croyais atteindre des sommets à 8 ou 9 sur ton échelle de Richter, tu te surprends à atteindre la petite centaine en pleurant, en étant secoué comme jamais. Et ça pendant des dizaines de secondes au lieu de quelques secondes à peine. L’extase explosive acquiert un truc carrément mystique. Tu passes du feu d’artifice de village cérébral à Hiroshima dans ta tête et dans presque tout ton corps…

Tu peux avoir un orgasme+, un orgasme augmenté. T’es parti à la conquête de ton corps. Mais là je me pose une question : pour quoi faire ? C’est sûr, les sensations plus puissantes ont quelque chose de grisant. Se dire qu’il reste des frontières à franchir, des territoires à explorer, ça excite et ça nourrit la machine à fantasmes. Mais est-ce que ce n’est pas une simple fuite en avant ? Est-ce qu’on n’entre pas dans la surenchère du toujours plus haut, plus fort, plus loin ? Est-ce qu’on ne perd pas un truc dans la qualité ? Et l’autre, il est où ?

C’est bizarre, mais ça ressemble quand même vachement à une quête personnelle. Une émotion qu’on partage à peine. Un truc qu’on vit et qu’on garde comme un trophée. Un trésor auquel se raccrocher quand ça va pas, quand c’est moyen, quand ça bande mou, quand on s’emmerde. Quand tu commences à te tripoter la nouille en répétant “mon précieux”, y’a sûrement un truc qui tourne pas rond…

Tu t’es vue quand…

Posted 07 juin 2011 — by Alexandre Silenus
Category Ouais, mec

D’après toi, elles font quoi, ces filles, là ?

Alors ?

Et ben en fait elles éternuent.

Mais j’en vois qui ont triché et qui ont scrollé pour regarder la réponse avant. Bande de saloupiots. Ne niez pas.

Surprenante similitude dans l’expression du visage, non ? Pourtant, même s’il y a parfois des projections liquides et qu’on utilise parfois mouchoirs dans les deux cas, on peut pas dire qu’il y ait beaucoup de rapport entre orgasme et éternuement. Si, y’en a un : c’est un réflexe. Allez, deux : c’est malpoli en public.

Le visage d’une personne qui jouit est fascinant. La crispation des zygomatiques, masséters et d’un tas d’autres muscles moins connus, les yeux qui se ferment, les halètements, les pupilles qui se dilatent, les saccades, les yeux qui roulent dans les orbites sous les paupières, les couinements ou les râles, les paupières qui se crispent, le rouge qui monte aux joues, les sourcils qui se froncent, les lèvres mordues

Même sans le son, un visage qui se contorsionne de plaisir a quelque chose d’hypnotique. C’est même un peu effrayant parce que les traits se déforment et qu’on pourrait avoir du mal à reconnaître un ami, même un proche. D’ailleurs fais l’exercice en imaginant la tronche des mecs et des nanas de ton entourage en plein orgasme. Genre ta boss, ton concierge, la caissière, ton voisin, ta sœur… Perturbant, non ?

Mais c’est quand même un instant sublime. L’orgasme est un spectacle tectonique, avec ses tremblements et ses éruptions chaotiques. Parce que c’est irrépressible, parce que c’est un abandon de soi, mais aussi un laisser-faire, une perte de contrôle.

Cette fascination pour l’orgasme a même son site spécialisé dans les “facettes de la petite mort“, qui immortalise la montée crescendo et le paroxysme. Il y a eu les 4 films muets d’Andy Warhol. Il y a aussi le travail de Will Santillo.

Être spectateur de la jouissance et de la plénitude. Être co-acteur et partager, donner et recevoir.

Le plaisir de l’orgasme a plusieurs facettes.

(Cette illustration est une création de Lola)

Je déteste les préliminaires

Posted 23 sept 2010 — by Alexandre Silenus
Category Ras le cul

Un jour, un connard a fait une classification des pratiques sexuelles et il a fourré d’un côté les trucs qui comptent, à savoir la pénétration, limitée au vagin et à l’anus (pour les plus audacieux) ; et de l’autre les trucs qui ne comptent pas vraiment, à savoir tout le reste et qui comporte même la pénétration buccale. Tu vois déjà le topo, côté rangement c’est de la daube en barre, et je baise mes mots.

Et pour faire bien, il a pris un point de départ totalement objectif, à savoir sans doute ce qu’il faisait lui, il a mis la pénétration du côté des trucs “importants” en précisant que c’est avec un phallus uniquement (avec des mots comme prendre, bourrer, pénétrer, défoncer, ramoner, des trucs bien virils et puissants) ; et de l’autre tout ce qui d’après lui vient avant (sucer, mordre, toucher, pénétrer avec autre chose qu’une quéquette tendue, fouetter, pincer, lécher… des trucs moins glorieux d’après lui)  pour chauffer la machine, dans la case “préliminaire”.

Parce que dans le dico, c’est bien ça que ça signifie : préliminaire, c’est le truc qui précède ce qui compte vraiment, et qui en plus sert de défrichage. En droit, dans les démonstrations de science, dans une négo pour la paix, on parle de texte préliminaire : on pose les bases mais c’est après que ça se passe. En gros, c’est vaguement nécessaire pour les pénibles qui suivent pas mais c’est pas l’objet principal, c’est la tannée qu’on doit se fader avant de passer aux choses sérieuse. Et donc, si on suit la logique aussi, ça veut dire que ça peut pas se passer après le truc important. Après, c’est fini, circulez.

Mais franchement, quel âne bâté peut encore parler aujourd’hui de préliminaire ? Youhou, les mecs (et les nanas, hein, pas de sexisme dans la débilité), on est au troisième millénaire, on se réveille !

C’est pas ma vision des choses. Le sexe, à deux ou à plus, c’est tout un tas de choses à se faire ou à faire faire. Et oui, je pense que sucer c’est tromper. Ça veut pas dire que c’est grave, d’ailleurs. Mais on peut pas dire que c’est moins grave qu’autre chose. Ce genre de graduations dans l’acte sexuel est ridicule : y’a pas la pénétration tout en haut et des trucs en cascade en-dessous. Et pour info, au regard de la loi, une fellation peut être un viol, comme une pénétration. Alors si je te prends à la hussarde sans enlever tes vêtements, juste en soulevant ta robe, c’est moins grave que si on avait couché à l’horizontale et tout nus ? Tu vois bien que c’est con.

Et même, ce qui me gonfle le plus, c’est le chantage du donnant-donnant. “Oh ben si tu veux que ton mec te lèche le minou faut que tu le suces en échange”. Ou “OK pour monter les étagères mais ce soir chérie, tu me fais la brouette berrichonne”. Ou “Dis, on passe voir ma meilleure amie dimanche après-midi, celle que tu déteste tant ? Allez, viens, quoi, promis après on teste le sling dans le garage”.

Attends, cocotte, j’ai passé l’âge de recevoir des bons points. Je fais des trucs parce que j’ai envie, pas parce que la maîtresse l’a dit. Si je veux te faire plaisir, j’attends rien en retour. Ton plaisir est mon plaisir parce que j’ai envie qu’on partage un truc, là. On fait pas moit/moit, hein. Si tu veux faire des trucs pour me faire plaisir, c’est bien. Si tu veux me faire grimper aux rideaux pendant des heures, super. Ça me touchera. Ça me donnera le sentiment que toi aussi tu as envie de partager. Bref, ça va le faire. Grave. Mais y’a pas d’obligation, sinon c’est une forme de servitude.

Moi je troque pas un “je te bande les yeux” contre un “on va en club échangiste”, ou un “je testerai bien l’entrée des artistes” contre un “je veux te photographier nu dans des poses suggestives”. Je compte pas les orgasmes un par un : “ah chérie tu m’en dois encore 6 de la semaine dernière, mais si, tu te souviens, le long cunnilingus plus les doigts ça fais 4 de plus pour moi mais tu m’en devais déjà 2″. Je préfère croquer la vie tout court. Jouis, de moi, de toi, de nous. Mords, ondule, lèche, active-toi, caresse, ouvre, laisse-toi aller, crie, titille, empoigne, étire, bouge, gémis. Jouis. Point. Dans le désordre, commence par ce que tu veux, on s’en fout. Les rapports entre personnes, c’est pas des comptes d’apothicaires, c’est pas l’équilibre de la balance, et y’a pas d’ordre particulier dans les actes qu’on fait. C’est plutôt des choses qu’on fait parce qu’on le sent, et puis basta. Le reste, les zigouiguouis des négociateurs de paix du couple qui marchent sur des œufs et voient la vie comme de l’actif ou du passif, c’est de la branlette intello sinistre.

Qu’on se pige bien, j’adore faire tout un tas de trucs avec un corps et qu’on m’en fasse. J’aime plein de choses, y compris (et même beaucoup) ce que certains crétins appellent préliminaires. La variété est déjà bien grande rien qu’avec deux corps, si en plus on joue sur les situations, les accessoires et les lieux, on peut se faire du bien tous les jours de manière différente, et c’est génial. J’ai pas dit non plus que je veux pas faire des exceptions, tester des trucs qui a priori m’excitent pas. J’ai pas dit qu’on devait pas échanger, parler, discuter de ce qu’on veut ou pas, de ce qu’on accepte ou pas. Au contraire !

C’est juste que donner en attendant de recevoir c’est pas un vrai don. C’est un don de faux-cul, qui donne d’une main et réclame de l’autre. L’acte gratuit, c’est ça qui est beau. Laisse-moi te faire plaisir. L’acte gratuit c’est parfois aussi aller chercher, prendre d’autorité, se servir, sans contrepartie. Abandonne-toi à moi. L’acte gratuit c’est parfois le lâcher prise, se laisser faire. Fais de moi ce que tu veux. C’est pas seulement donner.

On a tant de trucs à se faire sans se prendre la tête, tant de plaisirs à partager. Faut être généreux et entier. Laisse tomber les préliminaires et faisons-nous du bien, sans ordre ni hiérarchie.

La première montée de sève

Posted 18 sept 2010 — by Alexandre Silenus
Category Ouais, mec, Tranche de vit

Quand on naît avec un service trois pièces, la première fois qu’on se glisse dans quelqu’un pour faire des galipettes, ça marque, forcément. Mais en fait, le vrai moment où la vie bascule, désolé les filles, mais c’est pas celui-là.

J’ai 14 ans, une coupe à la con et les cheveux longs, une jolie voix fluette qui n’est pas encore partie en sucette et qui fait qu’on m’appelle souvent “mademoiselle”. Depuis un petit moment, mon traversin a une nouvelle fonction qui n’était pas prévue par Ikéa, j’en suis certain. C’est un peu confus mais en gros, le soir dans mon lit, quand je pense aux yeux émeraude et aux formes déjà rebondies de Giulietta, quand je pense à la peau claire et mouchetée et à la silhouette fluette de Jennifer, quand je pense aux lèvres minces et au style pincé de Camille, quand je pense à la cascade de tifs roux de la grande Lucile, quand je pense aux doigts graciles et à la peau dorée de Chuan, quand je pense aux boucles blondes et au rire clair de Blandine, je bande. De toute façon, quand t’es au collège, t’es un peu amoureux de toutes les minettes un peu présentables. Et tu bandes aussi un peu pour n’importe quoi, ça se maîtrise pas.

Alors pour calmer ça, pour “étouffer” mon pénis qui se tend, j’enserre le traversin et l’enlace. C’est le moment où je découvre de façon plus intense et plus consciente cette chaleur qui monte du bas-ventre. C’est super agréable mais avant de dormir c’est aussi super pénible alors ce traversin me sauve. C’est génial. Mais c’est quand même un peu plus ambigu que ça. Je sais pas si c’est une pensée médicale genre “mettre le chaud contre le froid ça va neutraliser”, ou si c’est un truc genre réflexe venu de l’époque où on se demandait encore si ça valait le coup de descendre des arbres, mais j’ai les muscles autour des reins qui se mettent un peu en route en mode automatique. Un léger va-et-vient commence tout seul.

Enfin, c’est pas un geste choisi, je veux dire. Ça vient naturellement. Je le sais pas encore, mais je baise un coussin. Là, la chaleur se répand franchement dans tout le corps, mais se dilue aussi. Un peu comme un verre d’eau chaude qu’on lâcherait dans un saladier d’eau froide. Au bout d’un petit moment, le gourdin (à l’époque je savais pas que c’était ça, hein) devient un court moment douloureux puis retombe doucement et je m’endors. Bon, faut quand même penser à se remettre dans une position pas trop compromettante pour le moment où ma mère vient me réveiller. Va savoir pourquoi, je me doute que c’est pas hyper classe ni socialement présentable.

A l’époque j’étais complètement naïf, pas trop préparé aux choses de la vie, et à la maison ça causait pas vraiment de ce genre de choses. En plus, avec ma gueule pouponne et mes muscles en malabar mâché, je fais pâle figure dans les boums. Disons qu’on vient pas spécialement me proposer d’échanger un peu de salive voire plus si affinités. Bien sûr, entre potes on parle gonzesses, on parle même beaucoup de ça, on s’échange des journaux érotiques maquillés en magazines comme Moto Crampon (suffit de coller la couverture par-dessus Playboy et ni vu ni connu tant qu’on n’ouvre pas), on fait des bombes à eau avec les capotes piquées chez la mère de Miguel (qui est divorcée et qui nique tout ce qui passe à portée de son shorty), on regarde les planches anatomiques du cours de bio et franchement ça a l’air bien dégueulasse en plan de coupe, et on ricane connement dès qu’il y a une allusion sous la ceinture.

Mais grosso modo, je sais que dalle.

Ce matin-là j’ai pas cours avant 10 heures, je suis seul à trainer en pyjama au lit, ma mère est déjà partie après m’avoir laissé une grosse trace de rouge à lèvres sur le front dans un bisou fait exprès pour me faire chier. Je traine, et puis au moment de me lever je commence à bander. Vite ! Il me faut ma bouée de secours ! Je ne compte pas m’endormir parce que je suis pas fatigué, mais le traversin doit faire retomber ce truc, là. Et c’est parti pour le frotti frotta. Ça commence tranquillou et tout se présente bien. Mais…

Mais là il se passe un truc. Un truc énorme. A mon échelle, c’est un tremblement de terre, et je sais de quoi je parle à l’époque j’en avais déjà vécu un. Stupeur, tremblements, je vibre tout entier, pris d’un spasme qui gronde, un truc sourd qui monte et m’agite. Merde, mais c’est quoi, ça ?!

C’est pas fini, là il y a autre chose qui prend le relais et c’est carrément pas de la même nature ! Un vertige, un vrai vertige qui vient de l’intérieur du corps, un vortex au niveau des entrailles, une sensation de chute. Comme la fois où on m’a blindé de médicaments. Comme la fois où j’ai sifflé un grand verre à moutarde de vodka sans faire exprès (si, je vous jure, j’avais neuf piges et j’ai vraiment pas fait exprès). Puis vient un trait de feu au périnée (je savais pas ce que c’était non plus, à l’époque), une chaleur très forte le long du pénis tendu, et une sorte de nausée avec l’estomac qui fait du yoyo, comme quand l’avion passe dans un trou d’air.

C’est toujours pas fini, là y’a comme un truc qui claque, vlan ! Un liquide est sorti. Du dedans de moi, je veux dire. Et j’ai senti comme un feu d’artifice, avec explosion kaléidoscopique dans la tête et tout. Sur mon slip, une petite tache s’est formée. Je soulève l’élastoc, non, tout va bien, je saigne pas de la queue. Je touche ce liquide, c’est un peu visqueux, il n’y en a pas beaucoup, quelques gouttes grand max. Ca sent bizarre. Ca goûte salé. Je viens de comprendre.

Je suis envahi d’une sensation de bien-être incroyable, comme si je vivais dans du coton hydrophile. En plus il fait bon. Je sens un truc hyper agréable qui coule dans mes veines, comme la fois où on m’a filé des anthalgiques en intraveineuse à l’hosto. J’ai la peau qui palpite. Quand je me caresse un bras c’est doux et très agréable. J’essaie une cuisse, un sein. Oh putain, wahou ! Mon z’ami, quel festival ! Je me sens mou, j’ai le sourire qui remonte au coin des lèvres comme un store automatique. Yeaaaaaah, le pied !

Tout ça n’a duré que quelques secondes mais ce premier orgasme je l’ai vécu comme des heures entières de sensations nouvelles.

Le caractère propre de l’innocence, c’est l’irréversibilité. Plus jamais je ne ressentirai ce vertige. Plus jamais je ne pourrai ne pas comprendre. Plus jamais je ne connaîtrai cette sensation ressentie quand c’est arrivé la première fois. Ce jour là, ma vie d’enfant innocent est foutue et je ne le sais pas encore. Ma vie de personne sexuée consciente qu’elle peut se faire du bien commence, et j’en suis fier. Je prends d’un coup d’un seul, en pleine poire, toutes les discussions où je faisais semblant de comprendre. Les sous-entendus graveleux, l’air supérieur des grands couillons qui se font déjà sucer dans la cour derrière les marronniers, le charabia de mon cousin qui a 3 ans de plus que moi, les cours de bio du prof un peu beatnik qui sort avec la prof de dessin… tout se reconnecte. Je pige tout en un instant.

Une vraie révélation, un truc divin.

Aujourd’hui, je suis un mec, un vrai. Ouais.

Une demi-heure plus tard, je suis entré dans la cour comme John Wayne rentre dans un saloon. La récré n’était pas finie, on a parlé du film d’action de la veille, et puis des correspondantes anglaises qui doivent arriver la semaine prochaine. Miguel a commencé à raconter qu’elles étaient super chaudes et qu’elles adoraient les français. Il est con, Miguel, il est même pas français. On s’est foutu de sa gueule. Puis il a sorti un Moto Crampon pour prouver que le modèle du mois dernier, Ashley, sujet de sa Grâcieuse Majesté, était effectivement pas du genre frileux. On a discuté et on s’est regardés avec des airs très sous-entendus.

Avant, j’aurai fait semblant. Mais là, maintenant, je sais de quoi on parle, les mecs. Et chuis des vôtres, maintenant. Ouais. Je pige ce que c’est, la complicité du club des initiés. On est en avril, je débute le printemps de ma vie et j’ai senti ma première montée de sève.