Jouir. Kiffer. Décoller. Le pied. La petite mort. Le septième ciel. Le sommet. L’orgasme.
Pour certain(e)s, c’est un Graal. Pour d’autres c’est banal. Pour d’autres c’est trivial. C’est un peu tout ça à la fois. Il n’y a rien d’écrit, rien de prévisible, rien de programmé. C’est un peu comme une loterie à la fête foraine. Ouais, c’est vrai qu’il y a un super gros lot à gagner. C’est vrai aussi que tous les tickets sont gagnants. Mais entre le porte-clé en plastoc jaunasse et le home cinema, y’a quand même un monde.
Alors il faut explorer. Essayer. Faire durer. Accélérer. Faire la course. Expérimenter. Ouais, parce que tous les orgasmes ne se valent pas.
Le premier est toujours mémorable. Il a une saveur particulière. Il reste en mémoire comme un rite de passage. Dorénavant, plus rien ne sera jamais pareil. Peut-être que le dernier est très particulier lui aussi.
Le premier orgasme simultané a quelque chose de magique. C’est un truc un peu anormal. Mystique. Comme quand quelqu’un finit ta phrase. Ou comme quand tout s’enchaîne merveilleusement quand tu es à la bourre et que finalement tu ne l’es plus. Le concours de circonstance, ça a quelque chose de réjouissant et de suspect, mais c’est un coup de bol qui tombe bien et tu t’en souviens.
Le premier orgasme où tu dis “je t’aime”, c’est particulier aussi. L’état émotionnel, ça change tout, vraiment tout. Et forcément, une communion entre l’acte et la pensée, ça file une dimension nouvelle aux sensations. Tu vis un sentiment d’harmonie, de plénitude. Il y a quelque chose en plus. Quelque chose de particulier qui suspends le temps, et ce temps suspendu n’est pas vécu dans la solitude. Il s’accompagne de petits mots, de jolis gestes, de rires ou de murmures. C’était pas juste de la baise, c’était quelque chose d’engageant. C’était pas juste se nourrir, c’était dîner aux chandelles.
Et puis quand tu es un mec tu découvres d’autres sensations. Il y a des orgasmes que toi seul sait te donner, parce que maîtrisant ton corps, tes sens, tu sais quand accélérer, quand imprimer une pression, quand ne pas ralentir, quand il faut au contraire laisser un peu d’air, quand il faut être délicat pour que le plaisir ne se transforme pas en douleur. C’est une question de dosage très subtil. Certains orgasmes puissants qui arrachent un râle profond et irrépressible ne s’obtiennent que tout seul.
Il y a des orgasmes que ta partenaire peut prolonger en continuant à te donner du plaisir après l’éjaculation, avec ses mains, sa bouche, en continuant à onduler du bassin sur toi ou sous toi. L’abandon est total, tu n’es plus rien qu’un petit corps qui couine, gémit, se laisse faire, fond, pleurniche de joie à moitié contenue et repoussée, à moitié réclamée. L’agonie n’en finit pas pour cette petite mort qui, pour une fois, dure.
Il est possible multiplier les sensations sur différentes zones érogènes de ton corps : les seins, le dos, les cuisses, les mains, la nuque, les fesses… Au lieu d’avoir un très bon soliste qui joue une merveilleuse partition, là, tu convoques tout l’orchestre. L’orgasme prend une dimension nouvelle, c’est tout le corps qui exulte, la sensation post-orgasmique est à la fois plus diffuse et plus chaleureuse. Tu rayonnes de l’intérieur. Tu es un vrai radiateur. Soit le cerveau empli de dopamine s’accorde une RTT improvisée et le sommeil arrive bien vite, soit la fébrilité te rend hypersensible et tu as la chair de poule pour un rien pendant quelques minutes.
Les sensations, ça concerne toute la peau et tu peux les doper en y rajoutant du chaud (sauna, feu de cheminée, soleil…), du froid, de l’humide (piscine, bain, douche, mer…), du vent, de la constriction (emmaillotement, latex, cuir…), de la douleur (pinces, fouets, poids, clous, posture inconfortable…). Un orgasme dans ces conditions particulières joue alors sur les contrastes et cette toile de fond apporte quelque chose de plus.
Tu peux aussi découvrir que la prostate, c’est pas juste un truc qui peut avoir le cancer. C’est une zone intime, et ça n’est pas dans les mentalités collectives qu’un homme fasse entrer un truc en lui. Ce n’est pas dans la mythologie du mec performant, conquérant, dominateur, qui maîtrise la situation. Et ce n’est pas honteux pour autant.
Tu peux apprendre qu’il y a des machines infernales électriques conçues pour donner des orgasmes puissants et même rapides. Pour ça, va voir du côté de Tenga Fliphole ou Fleshlight. Et pour les filles, ça peut même être des orgasmes successifs (Sybian, les redoutables FuckingMachines), mais pour les gars c’est pas possible à cause de la période réfractaire. Ouais, bon, cette période c’est très aléatoire. Parfois, même un gars, ça peut recommencer presque tout de suite. C’est pas courant mais ça arrive.
Pour pimenter la recette, tu peux mettre d’autres ingrédients. Des épices. De la sauce. Des substances. L’alcool prolonge la montée du plaisir, mais mal dosé ça peut surtout briser les élans. L’orgasme a quelque chose de salvateur, il étourdit définitivement. Les fines herbes, ça fait à peu près le même effet, il vaut mieux ne pas en abuser sinon. Et puis si tu vas voir du côté de la blanche neige, des champignons magiques ou des timbres, tu découvres l’hyper-orgasme et tu te rends compte que ton échelle orgasmique est à revoir entièrement. Là où tu croyais atteindre des sommets à 8 ou 9 sur ton échelle de Richter, tu te surprends à atteindre la petite centaine en pleurant, en étant secoué comme jamais. Et ça pendant des dizaines de secondes au lieu de quelques secondes à peine. L’extase explosive acquiert un truc carrément mystique. Tu passes du feu d’artifice de village cérébral à Hiroshima dans ta tête et dans presque tout ton corps…
Tu peux avoir un orgasme+, un orgasme augmenté. T’es parti à la conquête de ton corps. Mais là je me pose une question : pour quoi faire ? C’est sûr, les sensations plus puissantes ont quelque chose de grisant. Se dire qu’il reste des frontières à franchir, des territoires à explorer, ça excite et ça nourrit la machine à fantasmes. Mais est-ce que ce n’est pas une simple fuite en avant ? Est-ce qu’on n’entre pas dans la surenchère du toujours plus haut, plus fort, plus loin ? Est-ce qu’on ne perd pas un truc dans la qualité ? Et l’autre, il est où ?
C’est bizarre, mais ça ressemble quand même vachement à une quête personnelle. Une émotion qu’on partage à peine. Un truc qu’on vit et qu’on garde comme un trophée. Un trésor auquel se raccrocher quand ça va pas, quand c’est moyen, quand ça bande mou, quand on s’emmerde. Quand tu commences à te tripoter la nouille en répétant “mon précieux”, y’a sûrement un truc qui tourne pas rond…


