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En fait, c’était lui

Posted 16 jan 2011 — by Alexandre Silenus
Category Tranche de vit

C’est pas forcément le billet le plus facile à pondre, mais j’ai bien réfléchi et en fait je crois qu’il faut que ça sorte aussi.

C’est une histoire de pari. A l’époque je trainais avec une fille qui sortait franchement du lot, côté look et côté tronche. Du genre à utiliser une canne à pommeau quand elle s’est pétée la cheville, plutôt qu’une canne anglaise. Du genre à savoir qu’elle est supérieurement intelligente et sensible. Du genre qui avait des idées vraiment originales. Un croisement de cauchemar et de rêve, d’ange et de démon, avec un putain de caractère bien trempé.

Après les cours, on refaisait le monde la nuit, avec force clopes, café et fringues noires. Et le matin, pas toujours frais, on continuait à discuter autour de la machine à café ou en cours. Ca n’est jamais allé plus loin (même si j’ai fait partie de ceux qui auraient bien tenté le coup mais qui n’osaient pas), mais on entretenait une complicité qui mettait le doute. Et pour faire bien chier un petit con prétentieux qui me sortait par tous les orifices, j’entretenais le mystère sur la nature de notre relation.

Et puis un jour, je me retrouve à discuter avec elle et son mec du moment, tous les trois peinards chez elle. Autant on les aurait pas vu ensemble, elle très affirmée et lui genre playboy un peu falot, autant il était bien barré et assez intéressant pour qu’elle soit attirée. Fallait juste creuser un peu et discuter pour voir, derrière ce petit air de minet blondinet, quelqu’un d’un peu fracassé et riche d’idées et d’expériences.

Et il se met à parler des mecs, que lui aime bien aussi, tout ça. Bon. Surprenant de naturel, on se connaît à peine mon gars, mais pourquoi pas. Et moi…

Moi j’y ai déjà pensé, plus jeune. Avec des potes. Des vrais potos de déconne, de partage d’expérience, de tout, à la vie à la mort, tout ça quoi. Ça datait de l’époque où on mélange un peu les sentiments, où les hormones jouent aux auto-tamponneuses dans nos organes, où les voix et les poils font des caprices qui te donnent envie de te retirer de la vie sociale et qui font qu’on te regarde comme on regarde un attardé mental. Ouais, c’était passé, mais restait un truc, une curiosité, quelque chose. Une capacité à trouver que certains gars sont vraiment beaux.

Je l’observe un peu pendant qu’il sort son laïus. Et en fait, ce gars, là, il pourrait bien le faire. Pas trop mec. Un peu minet. Bien foutu. Pas trop con. Pas trop sentencieux, plutôt gros déconneur. Du genre qui va décomplexer la chose. Du genre qui va jouer un peu. Et du genre qui va piger que je teste et qui va pas y aller comme un bourrin.

Alors je lui balance un peu comme ça, entre deux phrases qu’ont rien à voir : ah ben ouais, tiens, t’as raison, pourquoi pas explorer, enfin, en tout cas essayer, quoi, tu vois, pour savoir si ça me plaît. Ça te dirait qu’on se fasse ça un de ces soirs ? Allez, chiche !

Je sais pas si j’ai balancé la phrase qui tchue avec assez de naturel pour qu’il me croie, s’il avait particulièrement envie de coucher avec moi ou s’il était déjà assez bourré pour que ça le fasse marrer, mais il a dit OK, la semaine prochaine, un soir, dans son studio. Et la conversation reprend comme si de rien était.

Pendant le week-end, quand même, je me pose un max de questions. Mais tu attends quoi, en fait ? Il te plaît vraiment, il t’excite ? J’en sais rien, mais si un genre de mec me plaît, il est dedans. Actif, passif ? (oui à l’époque je raisonnais en binaire sur ce mode-là, c’est pas brillant je sais). Je sais pas, j’ai pas envie qu’il me prenne mais j’essaierai bien de le sucer pour voir si je kiffe ou pas.

Et puis finalement je l’appelle pour qu’on s’organise un peu, on prend rendez-vous (ouais, comme chez le dentiste), je me sape un peu pour l’occasion, il m’accueille avec une binouze et on commence à papoter de choses et d’autres comme si de rien n’était. Et j’ose pas trop. A un moment il se marre en plein milieu d’une phrase et il balance : bon, et si on passait à la suite ?

Histoire de créer une ambiance propice, je l’embrasse. Pas mal. Même s’il pique un peu il a gardé une certaine sensualité. On se désape, c’est déroutant. D’abord par la nature des fringues. L’odeur corporelle. On se tripote. On essaie quelques trucs. Ça manque d’entrain. C’est pas désagréable mais c’est pas vraiment excitant. Lui, pourtant, semble prendre du plaisir. Au moment de mettre une capote, je vois bien que ça va pas le faire. Il est un peu déçu, mais il rit quand même. Je lui demande un truc à boire. Fais péter directement une vodka, la bière ça fait pédé.

Il se marre. Je bois. Cul sec, forcément.

Clopes, sourires alors qu’on est à poil sur le canapé. On se rhabille. Bon, ben… bonne soirée, hein. Désolé.

Je sors, il fait nuit et il y a peu de trafic, curieusement. J’ai un gros machin tout dur qui me gène dans la poche. Un téléphone portable. Je l’allume machinalement pour regarder l’heure. Pas trop tard. Je rappelle une amie, une confidente, et un amour déçu à la fois (ouais, elle cumule). J’ai besoin de parler, de lui dire là, tout de suite, ce que j’ai essayé de faire. J’ai besoin de son regard. Ouais, comme un môme.

En fait, sur le coup, je suis pas honteux, non, c’est pas ça. Je suis déçu de pas être allé au bout de l’expérience. Elle décroche, je lui raconte tout en environ une minute et douze seconde d’un air hyper détaché. Elle se marre, avec sa voix cristalline. Elle est pas vraiment étonnée, d’ailleurs. Bon ben au moins t’auras essayé, faut croire que t’es complètement hétéro et puis c’est tout. Je suis allé la rejoindre pour une soirée, d’un autre genre, forcément.

Le lendemain, je retrouve la jolie jeune femme qui me fascinait et avec le mec duquel j’avais essayé de faire des cochoncetés, avec son accord à elle. Ouais, relis bien et essaie de te figurer, ça me fait toujours bizarre même aujourd’hui. Elle m’en parle pas, sans doute qu’elle sait déjà que ça a été un fiasco. Alors on a continué à discuter comme d’hab’. Et tout le reste a été comme d’hab’, même si j’ai eu tendance à éviter de croiser son mec par la suite. On était vraiment tout le temps fourrés ensemble, inséparables, complices.

Ce qui m’a longtemps fait marrer, c’est que plein de gens croyaient que je couchais avec elle. Alors qu’à bien tout prendre en compte, la personne avec qui j’avais eu le plus de contacts sexuels, en fait, c’était lui.

Fair play

Posted 01 oct 2010 — by Alexandre Silenus
Category Sex.net, Tranche de vit

Je t’ai trouvée en ligne, sur un site de rencontre. Enfin, un site de rencontre… un peu direct. Mettons que sur le profil on se fout pas mal de tes goûts musicaux et de tes lectures. Là on se situe plutôt dans les pratiques sexuelles.

Sur ton profil, tu as coché pas mal de cases, tu es de ma région, les données chiffrées sont pas mal (âge, taille, poids). Ta photo est tronquée, on ne voit que le bas de ton visage. Une bouche assez sensuelle, un visage plutôt allongé. C’est étrange, ton annonce pue l’ennui. Ça suinte de bovarysme. Je te sens désabusée, à la recherche de l’électrochoc.

Hop, je te mets dans mes favoris, comme ça je pourrai savoir quand tu es en ligne. Et je t’envoie un petit message, histoire d’engager la conversation. Un message assez sobre. Je ne le sais pas encore, mais dans ce message, y’a un mot. Un. Il va te tirer de ta torpeur et réveiller ton attention. Il va me faire sortir du lot. Il va te donner envie de répondre. Il va changer ton indifférence en pourquoi pas ?. Parce que bien sûr, un peu comme partout où on cherche des plans cul : compter 3 mecs pour une nana. Autant dire que t’es très sollicitée. Enfin, une pour trois… en éliminant les faux profils, bien sûr.

Parce que des faux profils, y’en a. Ça sert à faire revenir les abonnés sur le site, quand ils reçoivent par mail les profils des nouveaux inscrits. Pourtant ça se repère à des kilomètres : la photo pompée sur un magazine érotique, le texte trop je cherche un plan sans prise de tête avec des gens bien élevés complices oh oui tu vas voir ça va être sympa en plus je suis pas sélective et puis je te ferai tout tout tout pour ton plaisir. J’exagère à peine. Sans parler des annonces carrément vénales, sous couvert de fantasme d’un genre spécial. Money slave, ça veut dire que tu pratiques l’autre plus vieux métier du monde. Ouais, parce que le vrai premier métier du monde, c’est chasseur, je te dis pas le quiproquo.

Tu me réponds que oui, je suis un peu dans ta cible, et que pourquoi pas, allons joyeusement dans la chat room pour tailler une bavette en live, ça sera plus vivant. Youpi !

On discute un peu, au milieu des autres, et puis je me décide à t’inviter en dialogue privé. T’es OK. Youpi !

On continue, on tourne autour du pot un peu, mais le feeling passe bien. Vraiment bien. Déjà tu tapes vite et dans un bon français, tu es même piquante. On fait alors un truc interdit par les opés et par un robot : échanger nos MSN. Faut ruser un peu car le truc scratche tout ce qui comporte un “@” et “MSN”. On joue avec “Mon Super Network”, ça passe. Bingo.

Pendant deux jours, on tchatche, souvent le soir. Et puis va savoir comment, y’en a un qui lance l’idée d’un jeu. Un vrai jeu. Mais avec un vrai enjeu aussi. Là où ça se présente bien, c’est que l’enjeu c’est de passer une nuit ensemble. Direct. Sauf que ce qui va changer, si c’est toi ou moi qui gagne, c’est ce qui va se passer. Si c’est moi qui gagne, je fais ce que je veux. Si c’est toi, c’est toi qui décide. Et comme on est à la fois prudent et déconneurs, on se dit que ça peut très bien être une nuit pour mater des films, dormir ou autre chose. De toute façon c’est le gagnant qui décide.

On se met d’accord sur le jeu lui-même : on va se poser une question, chacun son tour. Faut répondre honnêtement. Chaque réponse jugée bonne ou plaisante fait gagner un point, chaque réponse bâclée ou qui plait pas en fait perdre un. On peut accepter un 0 si la réponse plait moyennement. Le gagnant est le premier à 20 avec 2 points d’écart. Et c’est parti, je te laisse le choix de poser la première question ou non. Tu prends les devants, et tu commences.

Les questions s’enchaînent, les réponses avec. Les scores sont serrés, pas moyen d’avoir les deux points d’écart. Arrivés à 20/20, on relance de 10. On va bien finir par se départager, quand même. On essaie les questions piège, du coup on commence à se faire perdre pas mal de point. Mais ça remonte quand même. On va savoir qui a gagné ? Et ben toujours pas. 30/29, pour elle. On relance de 10. Ça fait déjà 6 heures qu’on discute par clavier, dans le calme de la nuit. Sur certaines questions, ça sent un peu la manipulation, genre tu me laisses te rattraper. On arrive au bout de la troisième série : 40/39, pour toi. Merde.

Du coup on décide de repartir de rien et de faire en 10 points, sans la règle des 2 points d’écart. Sinon on va pas y arriver. On fait plus court, la fatigue est là. Et le couperet tombe : 10 à 9 pour toi. Faut dire que tu es délicieusement perverse et douée. On a appris à connaître nos goûts, à savoir comment l’autre réagit face à telle ou telle situation. Le temps est très vite passé et c’était agréable et excitant. On a plus ou moins convenu de se parler prochainement et de se voir pour le trophée. A savoir : moi, donc. Allez, on en reste là et je compte bien tenir ma promesse. Extinction des feux.

Le lendemain, le doute. Bon, je sais pas trop ce qui va se passer, comment on va se rencontrer, si ça va le faire. Un peu songeur, j’essaie de me l’imaginer, cette championne. Le midi, rapide tour sur ma boîte mail. Elle m’a écrit, en direct. Pas à travers la plateforme de messages du site. Son mail est intitulé “Tu as fait une très grosse erreur”. Aha. Ah merde. Ouh là. Je sais pas sur quoi mais on dirait bien que ça va barder. Là je commence à paniquer. Va savoir pourquoi.

Bon, allez, achète-toi des couilles et lis la suite. Non, c’est bon, je vous en prie gardez la monnaie. Je commence la lecture avec prudence.

J’ai relu notre discussion d’hier et de ce matin. J’ai découvert que tu t’es trompé dans le décompte des points : en fait je ne menais pas 30 à 29, c’était l’inverse. C’est la mort dans l’âme que je t’annonce que tu as officiellement gagné. Les prolongations étaient inutiles. En dessous je te mets une copie pour que tu voies où le décompte des points est erroné. Aussi, d’après notre contrat, c’est moi qui te dois une nuit. Sur cette mauvaise (?) nouvelle pour moi et cette excellente nouvelle pour toi, je te souhaite une excellente journée.

Je lis plus bas. Oui, effectivement. Dans le doute, je vérifie sur ce que j’ai, moi, comme enregistrement, histoire de voir si elle ne cherche pas à tricher en me laissant l’avantage. Non, elle a raison. Elle a été honnête.

Beau geste.