Un jour, un connard a fait une classification des pratiques sexuelles et il a fourré d’un côté les trucs qui comptent, à savoir la pénétration, limitée au vagin et à l’anus (pour les plus audacieux) ; et de l’autre les trucs qui ne comptent pas vraiment, à savoir tout le reste et qui comporte même la pénétration buccale. Tu vois déjà le topo, côté rangement c’est de la daube en barre, et je baise mes mots.
Et pour faire bien, il a pris un point de départ totalement objectif, à savoir sans doute ce qu’il faisait lui, il a mis la pénétration du côté des trucs “importants” en précisant que c’est avec un phallus uniquement (avec des mots comme prendre, bourrer, pénétrer, défoncer, ramoner, des trucs bien virils et puissants) ; et de l’autre tout ce qui d’après lui vient avant (sucer, mordre, toucher, pénétrer avec autre chose qu’une quéquette tendue, fouetter, pincer, lécher… des trucs moins glorieux d’après lui) pour chauffer la machine, dans la case “préliminaire”.
Parce que dans le dico, c’est bien ça que ça signifie : préliminaire, c’est le truc qui précède ce qui compte vraiment, et qui en plus sert de défrichage. En droit, dans les démonstrations de science, dans une négo pour la paix, on parle de texte préliminaire : on pose les bases mais c’est après que ça se passe. En gros, c’est vaguement nécessaire pour les pénibles qui suivent pas mais c’est pas l’objet principal, c’est la tannée qu’on doit se fader avant de passer aux choses sérieuse. Et donc, si on suit la logique aussi, ça veut dire que ça peut pas se passer après le truc important. Après, c’est fini, circulez.
Mais franchement, quel âne bâté peut encore parler aujourd’hui de préliminaire ? Youhou, les mecs (et les nanas, hein, pas de sexisme dans la débilité), on est au troisième millénaire, on se réveille !
C’est pas ma vision des choses. Le sexe, à deux ou à plus, c’est tout un tas de choses à se faire ou à faire faire. Et oui, je pense que sucer c’est tromper. Ça veut pas dire que c’est grave, d’ailleurs. Mais on peut pas dire que c’est moins grave qu’autre chose. Ce genre de graduations dans l’acte sexuel est ridicule : y’a pas la pénétration tout en haut et des trucs en cascade en-dessous. Et pour info, au regard de la loi, une fellation peut être un viol, comme une pénétration. Alors si je te prends à la hussarde sans enlever tes vêtements, juste en soulevant ta robe, c’est moins grave que si on avait couché à l’horizontale et tout nus ? Tu vois bien que c’est con.
Et même, ce qui me gonfle le plus, c’est le chantage du donnant-donnant. “Oh ben si tu veux que ton mec te lèche le minou faut que tu le suces en échange”. Ou “OK pour monter les étagères mais ce soir chérie, tu me fais la brouette berrichonne”. Ou “Dis, on passe voir ma meilleure amie dimanche après-midi, celle que tu déteste tant ? Allez, viens, quoi, promis après on teste le sling dans le garage”.
Attends, cocotte, j’ai passé l’âge de recevoir des bons points. Je fais des trucs parce que j’ai envie, pas parce que la maîtresse l’a dit. Si je veux te faire plaisir, j’attends rien en retour. Ton plaisir est mon plaisir parce que j’ai envie qu’on partage un truc, là. On fait pas moit/moit, hein. Si tu veux faire des trucs pour me faire plaisir, c’est bien. Si tu veux me faire grimper aux rideaux pendant des heures, super. Ça me touchera. Ça me donnera le sentiment que toi aussi tu as envie de partager. Bref, ça va le faire. Grave. Mais y’a pas d’obligation, sinon c’est une forme de servitude.
Moi je troque pas un “je te bande les yeux” contre un “on va en club échangiste”, ou un “je testerai bien l’entrée des artistes” contre un “je veux te photographier nu dans des poses suggestives”. Je compte pas les orgasmes un par un : “ah chérie tu m’en dois encore 6 de la semaine dernière, mais si, tu te souviens, le long cunnilingus plus les doigts ça fais 4 de plus pour moi mais tu m’en devais déjà 2″. Je préfère croquer la vie tout court. Jouis, de moi, de toi, de nous. Mords, ondule, lèche, active-toi, caresse, ouvre, laisse-toi aller, crie, titille, empoigne, étire, bouge, gémis. Jouis. Point. Dans le désordre, commence par ce que tu veux, on s’en fout. Les rapports entre personnes, c’est pas des comptes d’apothicaires, c’est pas l’équilibre de la balance, et y’a pas d’ordre particulier dans les actes qu’on fait. C’est plutôt des choses qu’on fait parce qu’on le sent, et puis basta. Le reste, les zigouiguouis des négociateurs de paix du couple qui marchent sur des œufs et voient la vie comme de l’actif ou du passif, c’est de la branlette intello sinistre.
Qu’on se pige bien, j’adore faire tout un tas de trucs avec un corps et qu’on m’en fasse. J’aime plein de choses, y compris (et même beaucoup) ce que certains crétins appellent préliminaires. La variété est déjà bien grande rien qu’avec deux corps, si en plus on joue sur les situations, les accessoires et les lieux, on peut se faire du bien tous les jours de manière différente, et c’est génial. J’ai pas dit non plus que je veux pas faire des exceptions, tester des trucs qui a priori m’excitent pas. J’ai pas dit qu’on devait pas échanger, parler, discuter de ce qu’on veut ou pas, de ce qu’on accepte ou pas. Au contraire !
C’est juste que donner en attendant de recevoir c’est pas un vrai don. C’est un don de faux-cul, qui donne d’une main et réclame de l’autre. L’acte gratuit, c’est ça qui est beau. Laisse-moi te faire plaisir. L’acte gratuit c’est parfois aussi aller chercher, prendre d’autorité, se servir, sans contrepartie. Abandonne-toi à moi. L’acte gratuit c’est parfois le lâcher prise, se laisser faire. Fais de moi ce que tu veux. C’est pas seulement donner.
On a tant de trucs à se faire sans se prendre la tête, tant de plaisirs à partager. Faut être généreux et entier. Laisse tomber les préliminaires et faisons-nous du bien, sans ordre ni hiérarchie.